Le camp des autres
17,00
par (Libraire)
24 septembre 2017

Superbe!

Ouvrez le livre de Thomas Vinau et vous aurez droit à une bouffée de bonheur dès les premières pages, un bonheur de lecteur exigeant comme vous l'êtes sans doute, avide de textes forts et bien tournés.
Avec ses six chapitres, courts mais denses, le gaillard vous attrape et ne vous lâche plus. Son écriture est une gigue endiablée, elle ébahit, elle enjôle, tout en poésie et petits bijoux offerts au fil des pages de ce roman qui commence dans la douleur du « givre [qui] fait gueuler la lumière » et finit par un « printemps qui pétille ».
C'est Gaspard que l'on suit quelques mois durant, en l'année 1905, un enfant encore. Il vient de recevoir une sacrée raclée, une de plus, une de trop, et s'est enfui dans la forêt portant dans les bras son chien bâtard, encore plus blessé que lui mais qu'il ne veut pas abandonner. Il ne peut trouver refuge qu'au plus profond des bois, il le sait, on ne pourra pas le débusquer, là. C'est sans compter celui qui se fait nommer Jean-le-blanc, guérisseur-ermite ; il va sauver le garçon à moitié mort de faim, de froid, de peur, de coups et ce grand solitaire va l'accepter jusqu'à vouloir même l'initier aux secrets des plantes. Dans cet abri-cocon isolé du monde, Gaspard se remet peu à peu et apprend le langage de la nature. D'autres personnages vont bientôt y débarquer l'entraînant vers de nouveaux paysages. Ils font partie d'une famille, gitans, repris de justice, prostituées et c'est l'une d'elles, Sarah, qui va le prendre sous son aile. Une autre histoire se profile, celle d'hier identique à celle d'aujourd'hui, l'histoire de ceux qui parcourent les routes, mal vus et mal aimés.
Quand on lit les lignes ajoutées en exergue aux divers chapitres, phrases tirées de Dhôtel, de Rimbaud, de Hugo, de Guillevic, on sait que Vinau fait partie, lui, de cette famille-là ; on retrouve dans ses oeuvres le même goût pour la langue, celle qui claque et celle qui poétise, qui vous estourbit par toute la beauté qu'elle contient et par les images qu'elle fait naître. Qu'il ait recours au patois ou à la langue savante, Vinau sait y faire, les mélanges sont réussis et toujours créés à bon escient. Voilà tout simplement l'un des plus beaux romans de la rentrée littéraire 2017.

Tous les conseils de lecture

Des romans âpres, des personnages exceptionnels, des paysages plus que sauvages, des familles qui trinquent, une Amérique qui grince des dents et flanche sous le poids de sa misère...On aime et on en redemande!

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