Conseils de lecture

Trinity
21,00
par (Libraire)
2 mars 2020

Une plongée dans la psyché des Américains après Hiroshima et Nagasaki

Ce roman composé de 7 voix narratives tournant toutes autour de la figure du scientifique Robert Oppenheimer -père de la bombe atomique- est bien plus qu'une tentative romancée de biographie. Elle est une plongée dans la psyché de l'Amérique des années 40, 50 et 60, entre culpabilité et peur de l'autre, mensonges d' Etat et surveillance des citoyens à outrance.
Louisa Hall a construit son histoire en fragmentant le personnage complexe d'Opennheimer en 7 récits faits par 7 personnes qui l'ont connu à diverses époques de sa vie; le premier témoignage remonte au moment du premier essai nucléaire dans le désert de Los Alamos au Nouveau Mexique, là où était installée la base militaire de recherches.
Au-delà d'une tentative de comprendre l'homme qui a élaboré le pire engin de guerre jamais créé, l'auteure nous invite à découvrir les sentiments, les échecs et les peurs de ceux et celles qui ont été témoins (fictifs) de cette mise à feu et de ses conséquences après le largage des bombes sur le Japon. Une analyse fine et originale du trauma dans la psyché profonde des Américains engendré par la décision de leur gouvernement d'aller jusqu'au bout de l'horreur.


Dans la gueule de l'ours
23,00
par (Libraire)
23 février 2020

Un excellent premier roman!

Très bien écrit et traduit, ce roman est un mélange de "Nature writing" et de suspens et se dévore d'une traite grâce à la cohérence de l'histoire, l'empathie pour le personnage à qui il arrive quand même un sacré nombre d'embrouilles, les personnages secondaires et le décor superbe.
Un très bon premier roman et un écrivain à suivre, dans la lignée de Edward Abbey!


LE CERCLE DES HOMMES
19,50
par (Libraire)
23 février 2020

Un roman qui aborde la déforestation et la mise en péril des tribus qui vivent en Amazonie

GROS COUP DE COEUR POUR LE ROMAN DE PASCAL MANOUKIAN qui vient de paraitre aux Editions du Seuil : Gabriel, s’enrichissant grâce à la déforestation en Amazonie, survole seul la région quand une nuée d’oiseaux attaque l’avion. Retrouvé inanimé par la tribu des Yacou qui ne s’est jamais aventurée hors de la forêt, il va être remis sur pieds par le chaman. La confrontation au mode de vie des chasseurs-cueilleurs oblige Gabriel à s’adapter alors qu’il n’a qu’une obsession: retourner dans son monde ; or, il ne pourra jamais y arriver seul…
La prise de conscience qui se fait en Gabriel sur la vacuité de son existence va peu à peu l'obliger à se poser des questions sur la vie qu'il menait jusque-là; sa volonté de comprendre les Yacou va l'aider à pénétrer leur philosophie et leur rapport au monde et va lui permettre de se remettre profondément en question. Ce beau roman d’aventures, qui brasse de nombreux thèmes dont celui de l'altérité, est plein de péripéties et d’humour; il fait réfléchir sur notre entêtement à détruire la planète et ceux qui y vivent en harmonie.


Rose Royal
8,90
par (Libraire)
30 septembre 2019

Un nouvel opus de Nicolas Mathieu, qui de rose n'a que le nom

Avec son style chaloupé, ses phrases bien balancées et ses situations habilement croquées, Nicolas Mathieu nous a habitués avec ses deux romans précédents -"Aux animaux la guerre" et "Leurs enfants après eux", Prix Goncourt 2018 - à des bras cassés du quotidien, des anti-héros à la mine fatiguée et à l'haleine redoutable, des familles désargentées, des jeunes zonant au milieu d'usines désaffectées et à un contexte social déprimé.
Nous le retrouvons avec grand plaisir avec ce 3ème et très court opus qui vient tout juste de paraitre, "Rose Royal", publié dans la collection noire "Polaroïd" de la maison d'éditions IN8 dirigée par Marc Villard.
Cette fois-ci nous sommes à Nancy; il nous présente la belle Rose,qu'on croise d'ailleurs tous les jours dans la rue; elle flirte avec la cinquantaine, ayant toujours tout assumé jusque-là, mari, divorce, enfants, boulot, galères, coups, solitude et souhaitant - malgré tout - encore profiter de la vie même si celle-ci est en train de la laisser de côté.
Elle a pris ses habitudes dans un troquet où elle se rend après son travail pour retrouver le patron, ses piliers, le journal et son amie Marie-Jeanne. Une rencontre inattendue va bouleverser ce qu'elle souhaitait bouleverser, une vie monotone et trop pleine d'attendus.
Du rose du titre il ne restera plus grand' chose à la fin, remplacé par le noir qu'on sent présent, même si bien planqué au début; Nicolas Mathieu n'écrit pas des histoires pour midinettes, il nous le confirme encore une fois. Brillant, percutant, et un beau portrait de femme, bref à lire!


Ceux qui partent
21,00
par (Libraire)
30 septembre 2019

Arts, rencontres, voyages, échanges, passions, racines, hasard: il y a tout cela dans le nouveau roman de Jeanne Benameur

Voici un comédien italien, Donato Scarpa, et sa fille, Emilia, sur le point de débarquer en Amérique en 1910; ils ont quitté leur terre natale car plus rien ne les y retenait hors le chagrin.
Voici aussi Esther Agakian, Arménienne, qui porte en elle les douleurs de son peuple exterminé, voici encore Gabor et Marucca, tziganes, allant là où le vent les porte.
Et voici Andrew Jonsson, jeune Américain par lequel tout commence, grâce à sa passion pour la photographie ; il s’est enhardi à monter sur le navire à quai à Ellis Island pour saisir les visages de ses passagers. Andrew se sent « frère de voyage » avec ceux-ci car son propre père, Islandais, a lui aussi émigré bien des années auparavant. C’est à travers son objectif que l’on va découvrir les protagonistes de ces histoires multiples.
Le temps s’égrène lentement alors que les voyageurs épuisés n’ont qu’une hâte, celle de fouler leur nouvelle terre. L’attente est cruelle. Les corps s’épient, se confient ou au contraire se retranchent dans le repos des souvenirs, fragiles barrières à l’incertitude, à l’inconnu, à la peur. Un énorme coup de coeur de cette rentrée littéraire au Moulin des Lettres!
C’est le roman de l’entre-deux où l’on sait ce qu’on poursuit, l’on ne sait pas ce qui nous attend, et où l’on sait trop ce que l’on a perdu.
Vont être dévoilées les raisons qui ont poussé ces personnages à partir, rassemblés là par le hasard de la vie ; ce qui domine, c’est tout d’abord la souffrance d’avoir dû laisser derrière soi une maison, les ancêtres, des paysages, des parfums, tout cela composant une trame délicate qui alimentera leur mémoire.
Si les âmes ont souffert au point de devoir ainsi tout quitter, les corps, eux, cherchent la consolation grâce à la musique et au violon de Gabor, à la peinture ou encore au théâtre. Dans ce roman il est en effet question d’abandon, d’art, de cultures et de rencontres.
L’écriture sensuelle de Jeanne Benameur sculpte sous nos yeux des personnages ivres de vie et de passions, riches d’une Histoire qui nourrit mais peut aussi dévorer.
Ce roman à la beauté multiple et chatoyante parlera à tous car sa langue épurée, surgie de ce que chacun des personnages a de plus profondément enfoui en lui, traverse l’âme et réjouit le coeur.