Conseils de lecture

La république des faibles

Bulteau, Gwenaël

Manufacture de livres

19,90
par (Libraire)
1 mars 2021

Un premier roman policier qui est un coup de maître !

Pour terreau de ce 1er roman noir, Gwenaël Bulteau a choisi la ville de Lyon en l’an 1898 et nous plonge dès les premières pages dans une enquête criminelle au cours de laquelle la police va devoir fouiller les ruelles du quartier des Canuts -sur la colline de la Croix-Rousse- afin de retrouver le meurtrier d’un garçonnet retrouvé sans tête.
A crime horrible, réponse rapide : le commissaire Soubielle est à la tête d’une brigade judiciaire qu’il vient de créer de toutes pièces pour rénover la procédure des enquêtes policières. Il sait qu’il lui faut résoudre rapidement l’affaire s’il veut que sa brigade soit pérennisée.
Si le crime est bien le moteur de ce roman, il est aussi un prétexte pour nous relater la vie sociale et intime des enquêteurs ainsi que celle des Lyonnais en cette toute fin du XIXème siècle. Le récit est passionnant et nous transporte dans les quartiers ouvriers et miséreux de la ville au moment où la France entière se passionne pour le procès d’Esterhazy à l’origine de l’affaire Dreyfus, procès suivi d’un acquittement d’Esterhazy qui déclenche l’ire de Zola et son tonitruant « J’accuse ».
Les polémiques politiques entre dreyfusards et anti-dreyfusards mais aussi entre syndicalistes et réactionnaires éclatent partout y compris au sein de la brigade de Soubielle. Bulteau décrit tout ce contexte avec beaucoup de force et de réalisme, notamment les violentes manifestations antisémites suite à la parution de l’article de Zola.
Bulteau peuple son roman de multiples personnages secondaires issus de la petite bourgeoisie et du monde ouvrier et s’attache tout particulièrement aux enfants soumis à une violence sociale et familiale terrible.
La plume de l’auteur est sûre et élégante, la langue sans anachronisme et les dialogues succulents.
Un coup d’essai et un coup de maître !


Traverser la nuit
20,90
par (Libraire)
28 janvier 2021

Un polar sombre comme la nuit !

Coup de ❤ pour le nouveau polar de Hervé Le Corre, "Traverser la nuit", qui vient tout juste de paraître aux Editions Rivages .
Si vous ne reculez pas devant le noir profond, n'hésitez pas à vous emparer de ce roman.
3 personnages vont se croiser, se chercher, s'éviter tout au long de l'histoire. Le commandant Jourdan, au bord de l'épuisement, ne supporte plus les cadavres, a fortiori d'enfants. Son boulot a perdu tout son sens et est en train de le faire sombrer. Sa femme, elle, ne supporte plus qu'à grand' peine cet homme qu'elle a aimé mais qui est devenu peu à peu mutique, s'enfermant dans ces affaires de meurtres sans arriver à en sortir. Il continue malgré tout à faire son boulot du mieux possible et une série de meurtres de prostituées va le lancer lui et son équipe sur la piste d'un tueur bestial.
Le Corre a choisi d'entrecroiser les récits de Jourdan, du meurtrier et d'une jeune femme, Louise, qui, elle, n'a rien à voir avec cette enquête mais qui va rencontrer Jourdan suite à une agression violente. Les femmes sont au centre de ce roman, victimes déjà mortes ou en sursis, battues, violées, humiliées. Quand elles ne sont pas victimes, elles peuvent aussi être du côté de la perversité et de la névrose... La société humaine dépeinte par Le Corre est tout sauf apaisée; elle régurgite sous une forme ou sous une autre, tantôt bourreau, tantôt victime, des sévices et des traumas profonds. Un polar sombre et puissant...


Ovibos, le survivant de l'Arctique, Le survivant de l'arctique

Le survivant de l'arctique

Robert Gessain, Rémy Marion - préface de Vincent Munier

Actes Sud

22,00
par (Libraire)
24 janvier 2021

Un essai passionnant qui nous plonge dans les grands froids !

Le « bœuf » musqué (qui s’apparente plus au mouton qu’au bison !) fascine, curiosité surgie de la préhistoire, à l’impressionnante adaptation aux quasi-déserts glacés. Rémy Marion, après Robert Gessain dont il reprend l’oeuvre, a arpenté le Haut Actique pour rencontrer les Inuits et « l’animal dont la fourrure est comme une barbe ». C’est donc un texte à deux voix, deux générations d’aventuriers.
On suit ici sur 500 000 ans les migrations et évolutions parallèles des ancêtres d’Ovibos moscatus et des nôtres, puis tant la cohabitation que le compagnonnage entre Inuits et hardes d’Omingmak, peuple animal qui impose le respect. Puis la quasi-extinction en lien avec les essais d’implantation de vaches, le commerce transatlantique, la mode du trophée facile, quand même les bonnes intentions sont redoutables : pour prélever 3 veaux à destination d’un élevage on n’hésite pas à abattre la trentaine d’adultes qui les protègent ! Et on découvre enfin les avatars tardifs de la conservation entre protection et exploitation.
Cette lecture apporte quelques éléments de réponse à une question lancinante : comment ces grands mammifères ont-ils pu survivre aux mammouths et autres géants des espaces périglaciaires, que l’homme a si bien décimés ?
Les auteurs nous plongent dans un monde si beau qu’on ne peut que ressentir l’urgence de reconsidérer la place de notre espèce.
Un essai qui est paru cet automne dans l'excellente collection "Mondes sauvages" chez Actes Sud.


Lëd

Les Arènes

22,90
par (Libraire)
20 janvier 2021

Coup de coeur de Mathieu : un polar sibérien glaçant !

Une ville parmi les plus froides, polluées, isolées de Russie; un ancien goulag soumis à la toute-puissance des intérêts miniers et à la corruption; une population à l'avenir noyé dans le blizzard sibérien : difficile de trouver plus hyperbolique que Norilsk comme décor pour le nouveau polar social, ultra documenté et nourri d'impressions de voyages dont Férey a l'habitude. Lëd, comme la glace, ne ménage personne mais rend justice aux vrais héros de ce lieu que sont ses habitants. À lire d'une traite !


La fièvre, Roman

Roman

Albin Michel

19,90
par (Libraire)
19 janvier 2021

Coup de coeur de Clémentine : Fièvre jaune et racisme, deux fléaux à Memphis au XIXe siècle

En 1878, une épidémie de fièvre jaune s'empare de la ville de Memphis. Mais cette dernière est également en proie à un autre fléau : un racisme profondément ancré, qui perdure malgré l'abolition de l'esclavage.
Sébastien Spitzer met en scène des personnages variés (la tenancière d'un bordel de luxe, une jeune métisse défavorisée, un rédacteur en chef membre du Ku Klux Klan) et dessine, en même temps que leur histoire individuelle, celle d'une société en transition, stoppée nette dans son activité par l'effroyable épidémie qui frappe la ville. Celle-ci est terrifiante, car incontrôlée et incontrôlable (on ne connaît pas encore les causes de la maladie) et détruit la ville en la vidant de ses habitants, qui, s'ils ne meurent pas, fuient.
Difficile de ne pas faire le lien avec la pandémie actuelle, bien que l'auteur ait commencé à écrire avant l'arrivée de la Covid-19. Un tel sujet pourrait sembler pesant en cette période, pourtant ce parallèle n'a nullement nuit à ma lecture. Malgré les événements tragiques qu'il rapporte, le roman reste positif et très instructif, et l'écriture vivante de Spitzer en fait une lecture des plus agréables.

Autre lecture intéressante sur le sujet du racisme aux États-Unis : la BD Blanc Autour de Stéphane Fert et Wilfrid Lupano publiée chez Dargaud.