Le Dauphin et Le Régent
EAN13
9782246471714
ISBN
978-2-246-47171-4
Éditeur
Grasset
Date de publication
Collection
ESSAI FRANCAIS
Nombre de pages
382
Dimensions
23 x 14 cm
Poids
433 g
Langue
français
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Le Dauphin et Le Régent

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Grasset

Essai Francais

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Première partie?>LES LEÇONS D'UN MAÎTRE?>?>Première rencontre?>Edouard et Jacques...Dans l'histoire de ce couple il n'y a pas eu de première fois, pour une raison simple : l'alchimie mystérieuse où cristallise une connivence ne s'est pas, entre eux, insinuée. Aucune sympathie ne les a poussés l'un vers l'autre. Aucune prévention ne les a non plus retenus. Ni attrait ni rejet. Presque l'indifférence. Le calme plat en somme.Quand trente ans plus tard, on demande à Jacques Chirac et Edouard Balladur de rameuter les souvenirs de leurs débuts presque communs au cabinet de Georges Pompidou, alors Premier ministre, on obtient des réponses d'une déconcertante brièveté.« Edouard Balladur était un très bon conseiller social », note, laconique, le premier.« Jacques Chirac était déjà Jacques Chirac », répond, guère plus disert, le second.Alors? Amis de trente ans? Certes pas à la manière de Montaigne et La Boétie. Camarades ? L'ambiance de Matignon s'y prêtait. Tous les membres du cabinet se connaissaient. L'équipe était soudée et restreinte : 21 membres seulement. Ainsi le voulait le Premier ministre qui gérait sa maison en Auvergnat. Jacques Chirac et Edouard Balladur s'y croisaient, se saluaient, s'évaluaient sans doute quand l'étude d'un dossier les réunissait quelques heures. Rien de plus chatoyant.Mais ils eurent le même maître. Au commencement pour chacun était Georges Pompidou.Quand Edouard Balladur, recommandé par François-Xavier Ortoli, le directeur de cabinet, arrive à Matignon en janvier 1964, il n'y connaît personne. On a pourtant déjà repéré ce jeune homme énigmatique et réservé qui toujours accompagne Robert Bordaz, le patron de la RTF 1. Un pétulant personnage, celui-là, d'une intarissable faconde, qui est allé chercher son collaborateur à la section du contentieux du Conseil d'Etat. Ils semblent si inséparables que Le Canard Enchaîné les a surnommés « Bordur et Balladaz ».A l'insu d'Edouard Balladur une rumeur quelque peu sulfurée l'a précédé au cabinet du Premier ministre : Alain Peyrefitte, ministre de l'Information, donc en charge de la RTF — il entretient de mauvais rapports avec Robert Bordaz, « il voulait se mêler de tout », peste encore celui-ci, et ceci contribue peut-être à expliquer cela — a tenté de dissuader Georges Pompidou de le recruter. En soulignant — oubliant au passage ses propres origines MRP — qu'il n'appartient pas à la grande famille gaulliste, qu'il n'est pas dûment estampillé de la croix de Lorraine. Il n'a pas tort, Edouard Balladur se dépeint à l'époque comme un démocrate-chrétien, admirateur de Pierre Mendès France, comme beaucoup de jeunes gens de sa génération et grand lecteur de la revue Esprit— il convient donc de se méfier. Pompidou, qui compte déjà parmi ses collaborateurs Michel Jobert jugé« coupable » d'avoir travaillé quelques années plus tôt avec Pierre Mendès France, se soucie comme d'une guigne d'une telle mise en garde. Il passe outre. « Puisque vous me dites qu'il est compétent, répond-il, côté gaulliste je suis paré. »Edouard Balladur n'oubliera pas : « Le ministre qui me complimenta le plus de ma nomination avait — je l'appris peu après — tenté de l'empêcher en jetant un doute sur ma " fidélité" comme on disait alors », écrira-t-il quinze ans plus tard2. Ce maître des requêtes au Conseil d'Etat, tout juste âgé de 34 ans, vient de recevoir sa première leçon de politique.Le Premier ministre lui en donne une autre, ou plutôt un conseil un seul, alors qu'il lui confie les questions sociales et la santé : « Ne mentez jamais aux syndicats. » Cette fonction-là, de mémoire d'homme de cabinet à Matignon, n'a jamais été considérée comme très folichonne ou enthousiasmante. Le poste est enviable pourtant : son titulaire ne dépend pas d'un responsable hiérarchique, il ne rend compte qu'au directeur de cabinet et au Premier ministre. Ce qui n'empêchait pas le prédécesseur d'Edouard Balladur, Jean Duport, un homme jovial, venu du Sud-Ouest, au teint rubicond et à l'embonpoint tout radical, de travailler volontiers avec l'équipe économique de Matignon, dirigée par René Montjoie, et de participer tous les lundis à ces réunions. Une façon de se placer, sans le dire, sous l'autorité de celui-ci.Le nouveau venu, lui, trouve des prétextes et bientôt plus de prétextes du tout pour s'abstenir d'y assister. Il réussit même bientôt à quitter le bureau qu'on lui a attribué dans les parages de cette équipe. Il s'esquive au rez-de-chaussée. Ce n'est pas qu'il apprécie beaucoup le lieu où il s'installe. Une grande pièce où depuis deux siècles, note-t-il, « le soleil n'a jamais pénétré». Une tare pour un Méditerranéen néà Smyrne3. Le décor, en outre, lui déplaît souverainement. « Sur les grandes tapisseries Napoléon III qui ornaient tous les panneaux, les ibis, qui sans doute autrefois avaient été roses, semblaient décharnés et poussiéreux 4. » Il ne s'attendrit pas pour autant. Bien au contraire : « Nous nous contemplions avec antipathie. De loin, j'aime les oiseaux, leurs couleurs, la grâce économe de leurs mouvements. Je les déteste de près, les petits comme les grands, avec leurs pattes, leurs becs, leurs yeux surtout, l'air de cruauté avide qu'ils ont tous. »« Tous », il a bien écrit « tous ». Aucun n'échappe à la condamnation. Décidément Edouard Balladur éprouve une sainte horreur de tout ce qui pique et pince.
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