Yv

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Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

Borie Cathy

La Remanence

16,00
par
16 décembre 2020

Un peu de longueurs (pour moi) dans ce roman de Cathy Borie qui ne gâchent même pas le plaisir de la lire. Comme toujours, c'est formidablement écrit, dans une belle langue à la fois simple, accessible et travaillée. Elle entre au plus profond de ses deux personnages principaux qui s'ouvrent l'un à l'autre, racontent leurs histoires parfois violentes.

La solitude, la lenteur sont de mise. Les rares bruits depuis que plus rien d'électrique ne fonctionne sont étouffés par l'épaisseur de la neige et engourdis par le froid. Les tâches sont nombreuses, harassantes et répétitives, il faut vivre comme nos aïeux, tout réapprendre. Les paysages et conditions météorologiques sont très présents, fortement et ils donnent au roman un air de catastrophe, un genre qui devrait se développer dans les prochaines années tant ce qui nous attend est incertain.

Cathy Borie amène ce qu'elle nomme le "Grand Evénement" calmement, finement, loin des effets faciles des romans ou films catastrophe : "Un matin en s'éveillant, la mère de Camille avait senti très vite que quelque chose avait changé : c'était presque imperceptible, à cause de la vie déjà un peu différente en cet endroit du pays, paisible et souvent silencieuse, préservée, disait-on." (p.23). C'est un événement important certes qui est prétexte à l'introspection et à la découverte de l'autre. Cathy Borie est en terrain conquis, elle maîtrise le sujet. Ses héros sont forts et profonds. Avec eux et le monde blanc et froid qu'elle met en place, elle écrit un roman qu'on n'est pas prêt d'oublier, ni Jack et Camille.

Un putain de salopard, 2, O maneta, O maneta
par
16 décembre 2020

Suite de Isabel. Et mêmes auteurs : Régis Loisel au scénario et Olivier Pont au dessin. L'aventure esquissée au premier tome prend de l'ampleur, les méchants deviennent de plus en plus méchants et les traqués révèlent des dons insoupçonnés. C'est de la pure aventure, une bande dessinée qui parie sur le plaisir qu'on a à retrouver des héros plongés dans des intrigues et des courses-poursuites. Et ça marche. Sûrement parce que le scénario est bon, qui entrecroise diverses histoires et sème les indices au compte-gouttes et le dessin toujours aussi beau. La jungle est luxuriante comme il se doit, et les couleurs sont magnifiques. Et comme dans toute série d'aventures qui se respecte, il y a de l'humour, un personnage décalé, marrant parfois sans le vouloir ou à ses dépens, ici c'est Max.

Sortir le tome 2 dix-huit mois après le tome 1 oblige à relire icelui, ce qui, avouons-le, n'est absolument pas une contrainte désagréable. Au contraire. Je me prépare déjà à relire les deux premiers pour la sortie du tome 3.

Vivre sans amis, Ou comment j'ai (temprorairement) quitté facebook

Ou comment j'ai (temprorairement) quitté facebook

Arnaud Genon

La Remanence

12,00
par
16 décembre 2020

Un matin, Arnaud Genon ressent la lassitude à surfer sur Facebook. Il décide de supprimer l'application de son mobile, de rédiger un post signifiant sa mise en veille pendant au moins un mois. Puis, il profite de ce temps pour écrire, pour dire ce qui l'a amené à ce choix, ce qui l'énerve et ce qui lui plaît dans ce réseau social.

J'ai vu ce livre quelque temps après avoir suspendu mon propre compte Facebook et je me suis dit que la coïncidence était évidente. Et effectivement, je me retrouve dans tous les doutes et les questionnements d'Arnaud Genon quant à l'usage de Facebook. Mais lui, en bon lettré cultivé, contrairement à moi, en appelle aux plus grands avec des citations qui résonnent étonnamment de nos jours : Flaubert, Chédid, Aristote, Camus, Proust... qui parlent de l'amitié et des liens sociaux.

Il aborde l'ennui qu'on éprouve adolescent et celui qu'on éprouve beaucoup moins adulte, faisant un parallèle avec des dérivatifs : "Je me souviens m'être ennuyé, quand j'étais enfant, adolescent. Et puis il y a eu le travail, les enfants, les réseaux sociaux. Aujourd'hui, je ne m'ennuie plus. Je n'en ai plus le temps. Les rares moments où cela serait possible, lors de mes surveillances au travail, pendant les pauses, je navigue sur facebook." (p.37) Cet ennui si nécessaire à l'imagination, à la réflexion qui n'existe quasiment plus.

Il évoque également les amis, les vrais et les virtuels, la surenchère des "like", ceux qui, à partir d'un post se fendent d'un commentaire auquel d'autres amis en désaccord vont répondre de manière vive, faisant parfois se répondre voire s'insulter, sur notre mur, des gens qu'on ne connaît pas vraiment. Facebook, comme sans doute d'autres réseaux sociaux que je ne connais pas, grossit tout : les haines et les amitiés, les morts de gens oubliés qui deviennent des stars le jour de leur trépas, les animaux vedettes d'Internet, ...

C'est tout cela et la prise de conscience de la vacuité du réseau sur lequel je restais uniquement pour quelques belles rencontres virtuelles -les intéresse(e)s se reconnaîtront- et la diffusion de mes articles de blog qui m'ont fait prendre la décision de suspendre mon compte. Et si je ne l'ai pas -encore- supprimé définitivement, c'est uniquement pour profiter encore de la messagerie... mais ça risque de ne pas durer non plus, ou alors, j'y reviendrai... peut-être... un jour... si je m'ennuie.

Alors n'hésitez pas à liker ma page -et mon blog- et à la diffuser largement... Ils sont forts chez Facebook, même quand on dit qu'on arrête, on ne peut s'empêcher d'en parler.

Face à la mer

Montbrand Pierre

Quadrature

15,00
par
5 décembre 2020

Six nouvelles dans ce recueil. Six nouvelles qui racontent des rencontres ou des recherches amoureuses.

- Photo de classe : lorsqu'on avertit cet homme que son ex-professeure d'anglais qu'il n'a pas revue depuis très longtemps est décédée, il se remémore leur histoire d'amour.

- Droits de succession : au décès de son père, artiste-peintre, Marianne revient dans son village natal qu'elle a quitté de nombreuses années auparavant. Les souvenirs affluent.

- Clair de lune : Pierre, sa femme et ses deux enfants se rendent à une fête familiale. Pierre y revoit ses cousins et cousines et sa tante Karen.

- Face à la mer : un commandant de ferry fait tout pour retrouver une baigneuse souvent croisée lors de ses trajets.

- Mon été 52 : un critique de cinéma se rend sur l'île d'Ornö pour retrouver la plage sur laquelle Harriet Andersson a été filmée par Ingmar Bergman

- On dirait le Sud : un universitaire spécialiste de Faulkner, en plein divorce et désargenté, accepte un reportage de quelques jours. Il embarque avec lui Caroll, une serveuse qu'il fréquente depuis peu.

Pierre Montbrand parle de rencontre amoureuse, de la recherche amoureuse, souvent éphémère. Ses nouvelles sont nostalgiques, font appel aux souvenirs de jeunesse, d'amours finies depuis longtemps. La belle place est faite aux sentiments, certes, mais les paysages et lieux ne sont pas en reste. C'est nostalgique et beau. Un moment de douceur entre deux polars plus furieux. Une preuve que la littérature offre une multitude d'émotions.

Classique et beau. Intemporel. Un recueil très réussi.

Histoires ultra-courtes

Gospodinov, Gheorghi

Intervalles

14,00
par
5 décembre 2020

Le sous-titre du livre, Histoires ultra-courtes, le résume parfaitement. Guéorgui Gospodinov, écrivain bulgare déplore dans la post-face la prépondérance du roman dans la littérature et le peu de place laissée aux autres genres. "Et pourtant, en ce qui me concerne, c'est ce potentiel subversif des petites histoires, leur capacité à échapper au joug du roman qui me plaisent. [...] Je veux dire qu'à une époque comme la nôtre, où l'on parle beaucoup et au hasard, comme au bistro, la bonne histoire courte vient nous donner la mesure de chaque mot. Et de chaque minute." (p. 139/141)

J'aime beaucoup ce genre de recueils, mais il faut bien avouer que l'exercice est casse-gueule, l'auteur peut vite tomber dans l'historiette sans intérêt, ce qui est loin d'être le cas avec Guéorgui Gospodinov. Il y parle littérature, travail de l'écrivain. La nostalgie est également très présente ainsi que la Bulgarie, l'amour, la mort, Dieu, l'athéisme. Les gens que l'auteur a rencontrés ou inventés sont décrits dans leur quotidien, mais aussi leurs pensées, leurs questionnements, leurs peurs, angoisses, joies, bonheurs... Des histoires courtes voire très très courtes qui vont au plus direct et parfois, une phrase explose, ça peut-être la chute, mais pas toujours :

"L'être humain n'est pas fait pour manger seul."

"Je suis conscient, sans doute comme beaucoup d'autres avant moi, que, parmi mes souvenirs personnels, il y en a un grand nombre qui sont nés de livres. Lire produit des souvenirs."

Les histoires de Guéorgui Gospodinov sont drôles, ubuesques, fantaisistes, tendres, oniriques, poétiques, réalistes, surréalistes, décalées, à chute souvent, sans chute parfois, il y a en elles un détail ou leur fond qui est à retenir, qui interroge ou simplement qui plaît. Une que j'aime beaucoup pour finir :

"L'ange des livres non lus

Ils sont là, quelque part, je les vois empilés l'un sur l'autre, tous les livres que je ne lirai pas. Le sommet de cette tour se perd dans les nuages et tout au-dessus se tient l'ange des livres non lus qui balance ses jambes.

Certains de ces livres ne sont même pas encore écrits. Cette tour de Babel de ce qui n'a pas été lu croît de jour en jour, de plus en plus imposante.

Parfois, j'ai l'impression que l'on peut atteindre Dieu par l'ignorance." (p. 134)

Le genre de livres que l'on a plaisir à lire, à offrir et faire découvrir, car chacun y trouve, sauf à être totalement obtus, des histoires qui le touchent.