Yv

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Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

Un truand peut en cacher un autre, (un génie grandit)

(un génie grandit)

Flamant Noir

12,00
par
5 décembre 2020

Sous titré Les origines de Tonton, ce roman est en quelque sorte le numéro 0 de la série de Samuel Sutra. Lorsque l'on a lu et aimé 6 tomes d'une série, nul doute que le numéro 0 plaira, et c'est le cas. Ceci étant dit, quelqu'un qui ne connaîtrait pas Tonton -il paraît que ça existe des gens comme ça- peut commencer par ce tome et s'enquiller les suivants dans l'ordre. Un roman qui -presque- commence comme ça, peut-on résister : "... après être sorti d'une estafette en flamme, il était parvenu à s'en tirer sans trop de casse. Ses complices avaient eu les bons réflexes et avaient éteint les vêtements en feu de leur patron en lui assénant de grands coups de pelle. Niveau brûlure, Edmond Duçon s'en était bien sorti, tout juste s'il avait eu chaud. En revanche, les coups de pelle distribués au hasard avaient quelque peu abîmé son sens de l'initiative et sa capacité à compter sur ses doigts." (p 8/9)

Samuel Sutra alterne les phrases dans un style classique avec d'autres beaucoup plus argotiques, le tout donnant une comédie policière immanquable. Et puis, il y a les personnages, Tonton en tête et l’inénarrable Gérard. Une équipe de types dont chaque membre individuellement est un tocard donne une équipe de branquignols qui aura bien du mal à mener son affaire jusqu'au but sans surprise. Un témoin les décrit ainsi : "... bon, des cons, j'en ai vus. Mais j'avais encore jamais eu la chance de croiser l'élite." (p.151).

Attention à ne pas confondre Tonton avec celui qui vient d'être élu ce soir-là et qui n'est pas encore surnommé pareil. Notre Tonton devra faire avec un autre cador de la truande qui vise lui aussi le coup du siècle et qui se fait appeler L'épervier (un rapport avec Bruno Crémer dans le film L'Alpagueur ?).

En ces temps moroses où tout fout le camp : fini le confinement affalé dans un fauteuil de jardin, le confinement bis est intérieur, les livres ne sont pas de première nécessité alors qu'ils devraient être d'une absolue nécessité (les librairies sont de nouveau ouvertes, les caves n'ont jamais fermé), il est urgent de lire drôle et dépaysant. Et Tonton est là pour ça. En achat sur le site de Flamant noir ou chez votre libraire pour une double bonne action, une pour le livre en général et une pour vous.

Le prix de la vengeance, Six novellas

Six novellas

HarperCollins

22,90
par
5 décembre 2020

Six novellas, j'apprends le terme à cette occasion : entre la nouvelle et le roman. C'est ce que j'appelle d'habitude court roman. Tous ont entre 80 et 95 pages, ce qui, pour Don Winslow, est très court, ses romans flirtant aisément avec les 500 pages.

- Le prix de la vengeance : lorsque le frère du flic Jimmy McNabb, flic lui aussi, est victime des représailles d'un gros trafiquant que Jimmy a malmené, Jimmy décide de se venger. À tout prix.

- Crime 101 : Davis est un cambrioleur organisé et rentable. Il ne travaille qu'aux alentours de la Highway 101, la Pacific Coast Highway, dite la PCH. Toujours seul. Que des gros coups. Jamais attrapé et pourtant un flic est sur ses traces, le lieutenant Lou Lubesnick.

- Le zoo de San Diego : comment un chimpanzé a pu avoir en mains un flingue ? Et comment a-t-il réussi à s'échapper du zoo ? Chris Shea, policier patrouilleur, se pose ces questions lorsqu'il est appelé pour régler le problème.

- Sunset : Duke Kasmajian est prêteur de caution, aussi lorsque l'un des mecs qu'il a libéré lui fausse compagnie, fait-il appel à Boone Daniels, surfeur et ami du fugueur, pour le retrouver.

- Paradise : Ben, Chon et O., célèbres producteurs d'herbe tentent de s'installer à Hawaï, dans un endroit où le climat est excellent pour la production : pluie et chaleur. Mais les locaux ne voient pas leur arrivée favorablement, n'aimant point trop la concurrence.

- La dernière chevauchée : Cal Strickland est flic aux frontières dans son Texas natal, là où un nombre important d'étrangers passent la frontière vers les États-Unis et se font arrêter et parquer dans des camps. Jusqu'à ce qu'il croise le regard d'une fillette, Luz, Cal ne se posait pas beaucoup de questions, se contentant de faire son travail. Mais ce regard le hante.

Je tiens Don Winslow pour l'un des meilleurs auteurs de polars-thrillers étasuniens, mais je dois aussitôt confesser ma piètre connaissance ès auteurs de ce pays. Néanmoins, dans ce recueil, il montre son immense talent en écrivant des histoires très différentes dans le fond et la forme. Je retrouve par exemple le style et les personnages de Savages et Cool dans Paradise. De même dans Sunset, ceux de L'Heure des gentlemen et La Patrouille de l'aube. J'en découvre d'autres qui étaient peut-être dans d'autres romans précédents. Certains protagonistes d'une histoire jouent les seconds rôles dans une autre voire une simple apparition.

Dans ces novellas, Don Winslow, qui parfois fait dans des descriptions très précises de lieux que je ne connais pas, de voitures en donnant marque, modèle et année, terriblement terre-à-terre, privilégie l'action et les personnages et les inscrit dans le contexte des États-Unis d'aujourd'hui qu'il ne ménage pas. Violence voire ultra-violence, perte d'humanité lorsque les immigrés sont enfermés dans des cages : "La première fois qu'il a vu la fillette, elle était dans une cage. Y'a pas d'autre mot pour ça, s'est dit Cal sur le moment. On peut bien employer des noms différents -"centre de rétention", "camp de rétention", "refuge temporaire"-, quand des personnes sont regroupées derrière un grillage, c'est une cage." (p. 457) Le constat est terrible pour une société qui s'individualise et ne prône que la réussite personnelle au détriment de la fraternité. Nous au moins, en France, on l'a inscrite sur nos frontons... Heureusement, parce que sans cela, on peut la chercher longtemps.

La dernière chevauchée est sans doute la nouvelle qui m'a le plus touché, elle est au cœur de l'actualité et pointe le doigt sur les conditions d'accueil des réfugiés dans tous les pays. L'inhumanité des lois du pays finissent par peser sur les hommes et les femmes confrontés au pire tous les jours. Sans être nommé, le président actuel n'y est pas très apprécié.

Le livre en entier est excellent, il pose pas mal de questions sur la dignité humaine, sur les œillères qu'on se met pour ne pas voir ce qui nous dérange, sur la violence quotidienne... Les nouvelles sont parfois très noires, dures, sans espoir et d'autres fois plus légères -Le zoo de San Diego-, toujours elles s'inscrivent dans un contexte bien décrit.

Le complot du livret rouge
par
5 décembre 2020

Samuel Le Mullois est un taiseux, un taciturne, un agélaste. Autant dire que la plaisanterie, la gaudriole sont absentes de ce roman policier historique. Ce n'est évidemment pas la raison de mon classement dans la rubrique Ça coince ! Non, c'est que je me suis ennuyé, c'est long à la fois dans la mise en place de l'intrigue, du contexte historique et des personnages. Et l'ensemble n'apporte rien de nouveau au roman historique. Pas très original, un peu plat, ça peut néanmoins se suivre sans déplaisir. Personnellement, il m'aurait fallu un petit truc en plus, un petit grain de folie dans l'un des héros ou dans l'écriture, enfin, un truc qui m'accroche.

Les lumières de l'aube
par
5 décembre 2020

Alléchant sans doute et malheureusement décevant. C'est le parti-pris d'interpeller le lecteur et de le noyer sous des tonnes d'informations aussi inutiles que longues qui ont eu raison de moi. Le roman ne démarre pas et sous prétexte de nous présenter les personnages, nous parle des petites fleurs et des cheveux d'unetelle... C'est franchement canulant. Je ne lis pas un polar pour des descriptions du genre ou alors faudrait-il qu'elles soient enjolivées par un style ou une écriture particuliers ou qu'elle servent le récit. Là ce n'est pas le cas. L'ensemble est fade. Voilà qui ne me réconcilie point avec les romans étasuniens, et pourtant celui-ci possède en son sein des envies d'originalité dans la forme notamment... qui tombent à plat.

Joosten Christian

Weyrich édition

17,00
par
5 décembre 2020

Dans l'excellente collection Noir corbeau des éditions Weyrich, le petit dernier est un bijou. La couverture jaune vif laisse présager un peu de légèreté, mais que nenni ! C'est du lourd, du sombre. Une noirceur indéniable portée par une région et ses habitants rudes, taiseux et par des personnages pas très joyeux ni heureux : jalousies et rancœurs, amour, haine,... et surtout renforcée par une écriture au cordeau qui ne s'embarrasse pas de fioritures tout en restant élégante. Même les descriptions des lieux qui parfois sont inutiles et longues dans un roman policier jouent ici un rôle : "Une banquette de bois recouverte de ce Skaï épais dont on inondait les snacks pseudo-américains dans le début des années 1970 m'invite à me poser. Un rose initialement criard, devenu pastel au fur et à mesure des décennies, recousu par endroits et puis des sets en papier pour masquer les griffes et manques d'une table en Formica." (p.126); Voilà, en quelques lignes, le décor est planté, tout est dit et tout le monde visualise.

C'est lent, c'est sombre, les personnages eux-mêmes ne sont pas des flics à l'étasunienne qui dégainent à la moindre occasion. C'est la confession d'un homme et l'aveu de ses zones d'ombre, des actes dont il n'est pas fier et qui sont pour beaucoup la cause de sa morne vie de couple. Guillaume Lavallée est un flic atypique qui a réussi à s'intégrer dans cette communauté rurale de Belgique, qui y vit depuis trente ans mais l'on sent bien qu'un petit couac pourrait le faire repasser dans la case des étrangers.

J'ai beaucoup aimé l'écriture de Christian Joosten et la construction de son roman entre l'année 2006 et la découverte des corps et les retours en 1976, l'année de l'arrivée de Guillaume Lavallée dans ce pays et de la disparition de l'amie de Françoise. Christian Joosten écrit-là son premier roman policier et je dois dire qu'il m'a bien bluffé, jusqu'au bout. Une maîtrise incroyable du suspense et des retournements de situation. Il se murmure que ce serait le premier d'une série avec Guillaume Lavallée, j'avoue que je suis intrigué de voir ce bonhomme évoluer tant il détonne dans ce monde du polar.