Laurence G.

J'ai couru vers le Nil

Alaa El Aswany

Éditions Actes Sud

par (Libraire)
20 mars 2020

Un roman choral sur la puissance de l'espoir et le collectif: le prix 2019 du Moulin des lettres!

Qu’est-ce qu’écrire ? Pour certains auteurs et pour Alaa El Aswany en particulier, c’est donner la parole à celles et ceux qui n’ont pas de voix.
Ils sont nombreux en Egypte, en 2011, date à laquelle se déroule ce roman, à ne plus supporter l’injustice, la corruption politique et la répression policière aveugle cautionnées par Hosni Moubarak. Ils vont se retrouver sur la place principale du Caire, la place Tahrir, et des discussions menées entre musulmans, laïcs et coptes va émerger l’idée d’une nouvelle Egypte que le peuple, à bout, veut faire naître.
Alaa El Aswany nous révèle de façon passionnante, avec un style alerte et plein d’ironie, l’histoire très contemporaine de la révolution égyptienne qu’il va dérouler sous nos yeux, jour après jour, grâce à l’introduction dans cette histoire chorale de personnages de condition sociale et d’appartenance religieuse diverses, en n’oubliant pas le camp de l’armée dont les chefs manipulent habilement l’opinion à leur avantage, quitte à jouer avec le feu.
Asma est l’un de ces personnages ; jeune professeure idéaliste aux convictions profondes, elle refuse de se voiler malgré les pressions de sa hiérarchie, tout comme elle refuse la soumission au sein de sa famille; opprimée et humiliée au quotidien, c’est à Mazen, un ingénieur dans une usine rencontré aux réunions organisées par le mouvement politique Kifaya, qu’elle va se confier. Ils vont s’impliquer tous les deux jusqu’au bout dans le mouvement de rébellion populaire et se retrouvent dans leur vision commune d’un pays débarrassé du mensonge, de l’oppression faite aux femmes et du mépris du peuple ; ils se confient l’un à l’autre par mails sur leur quotidien et les vicissitudes qu’ils affrontent au travail : cette alternance de correspondances crée une rupture dans le récit du narrateur omniscient et nous permet de pénétrer dans deux univers intimes et professionnels très différents.
Tout au long du roman d’ailleurs El Aswany a à coeur de faire entrer le lecteur dans de nombreux foyers cairotes et en nous ouvrant leurs portes, il nous montre aussi la condition réservée aux filles, sœurs et épouses dans les familles ; la pression parentale exercée sur les filles est lourde et leur mode de vie n’est jamais dicté par leur volonté propre mais imposé par la tradition, le respect du père et la religion. Combien d’Asma rencontre-t-on, assez fortes et courageuses pour se rebeller et quitter le foyer parental afin de fuir un mariage forcé? Bien peu !
L’hypocrisie de la société égyptienne est dénoncée tout au long du livre et à de nombreuses reprises ; chacun y va, homme ou femme, de sa lecture très personnelle du Coran pour s’autoriser les pires écarts de conduite : lâcheté, sexe, alcool, volonté de pouvoir, enrichissement illégal, jalousie et malgré la violence de la situation vécue par ses personnages, la répression et les affrontements parfois mortels, El Aswany ne manque pas de mordant et parfois même de drôlerie pour décrire ce pays qui lui est si cher et où il continue de vivre malgré tout. Un roman superbe et extrêmement émouvant qui a fait l’unanimité du jury du Moulin des Lettres en ce mois de juin 2019 !

Antonia, Journal 1965 – 1966

Journal 1965 – 1966

Gabriella ZALAPÌ

Editions Zoé

par (Libraire)
20 mars 2020

Un très beau texte, court et puissant!

Que de belles découvertes grâce aux Editions Zoé ! Notre "prix du Moulin des Lettres 2017" avait déjà mis en avant le très beau roman de Richard Wagamese "Les étoiles s'éteignent à l'aube".
En cette rentrée littéraire 2019, voici un nouveau petit bijou de cette belle maison d'éditions suisse, écrit par une jeune artiste plasticienne, Gabriella Zalapì, dont c'est le premier roman: un faux journal, court, brûlant, tenu par une jeune épousée de 30 ans, sicilienne, à qui son mari, notable palermitain, ne demande qu’une chose : être femme au foyer et mère. Antonia tente de s’évader de ce carcan insupportable en compulsant les documents familiaux laissés par sa grand-mère à sa mort, ce qui va lui permettre de faire un travail sur elle-même et de trouver la force d’échapper à son enfermement mental et physique. Le journal est bref et retrace deux années de la vie d'Antonia; les annotations courent sur une ou deux pages et peuvent tenir aussi en quelques lignes, toujours denses. On saisit pleinement, malgré la brièveté du texte, la souffrance, la façon dont se débat cette jeune femme et l'urgence de sa quête. Quelques photos accompagnent de façon originale les annotations d'Antonia et renvoient aux clichés familiaux que nous découvrons en même temps qu'elle tandis qu'elle essaie de se remémorer et d'affronter des scènes et des moments de son enfance. Superbe !

Trinity
21,00
par (Libraire)
2 mars 2020

Une plongée dans la psyché des Américains après Hiroshima et Nagasaki

Ce roman composé de 7 voix narratives tournant toutes autour de la figure du scientifique Robert Oppenheimer -père de la bombe atomique- est bien plus qu'une tentative romancée de biographie. Elle est une plongée dans la psyché de l'Amérique des années 40, 50 et 60, entre culpabilité et peur de l'autre, mensonges d' Etat et surveillance des citoyens à outrance.
Louisa Hall a construit son histoire en fragmentant le personnage complexe d'Opennheimer en 7 récits faits par 7 personnes qui l'ont connu à diverses époques de sa vie; le premier témoignage remonte au moment du premier essai nucléaire dans le désert de Los Alamos au Nouveau Mexique, là où était installée la base militaire de recherches.
Au-delà d'une tentative de comprendre l'homme qui a élaboré le pire engin de guerre jamais créé, l'auteure nous invite à découvrir les sentiments, les échecs et les peurs de ceux et celles qui ont été témoins (fictifs) de cette mise à feu et de ses conséquences après le largage des bombes sur le Japon. Une analyse fine et originale du trauma dans la psyché profonde des Américains engendré par la décision de leur gouvernement d'aller jusqu'au bout de l'horreur.

Dans la gueule de l'ours
23,00
par (Libraire)
23 février 2020

Un excellent premier roman!

Très bien écrit et traduit, ce roman est un mélange de "Nature writing" et de suspens et se dévore d'une traite grâce à la cohérence de l'histoire, l'empathie pour le personnage à qui il arrive quand même un sacré nombre d'embrouilles, les personnages secondaires et le décor superbe.
Un très bon premier roman et un écrivain à suivre, dans la lignée de Edward Abbey!

LE CERCLE DES HOMMES
par (Libraire)
23 février 2020

Un roman qui aborde la déforestation et la mise en péril des tribus qui vivent en Amazonie

GROS COUP DE COEUR POUR LE ROMAN DE PASCAL MANOUKIAN qui vient de paraitre aux Editions du Seuil : Gabriel, s’enrichissant grâce à la déforestation en Amazonie, survole seul la région quand une nuée d’oiseaux attaque l’avion. Retrouvé inanimé par la tribu des Yacou qui ne s’est jamais aventurée hors de la forêt, il va être remis sur pieds par le chaman. La confrontation au mode de vie des chasseurs-cueilleurs oblige Gabriel à s’adapter alors qu’il n’a qu’une obsession: retourner dans son monde ; or, il ne pourra jamais y arriver seul…
La prise de conscience qui se fait en Gabriel sur la vacuité de son existence va peu à peu l'obliger à se poser des questions sur la vie qu'il menait jusque-là; sa volonté de comprendre les Yacou va l'aider à pénétrer leur philosophie et leur rapport au monde et va lui permettre de se remettre profondément en question. Ce beau roman d’aventures, qui brasse de nombreux thèmes dont celui de l'altérité, est plein de péripéties et d’humour; il fait réfléchir sur notre entêtement à détruire la planète et ceux qui y vivent en harmonie.