Laurence G.

ROSE ROYAL

Nicolas Mathieu

Atelier in8

8,90
par (Libraire)
30 septembre 2019

Un nouvel opus de Nicolas Mathieu, qui de rose n'a que le nom

Avec son style chaloupé, ses phrases bien balancées et ses situations habilement croquées, Nicolas Mathieu nous a habitués avec ses deux romans précédents -"Aux animaux la guerre" et "Leurs enfants après eux", Prix Goncourt 2018 - à des bras cassés du quotidien, des anti-héros à la mine fatiguée et à l'haleine redoutable, des familles désargentées, des jeunes zonant au milieu d'usines désaffectées et à un contexte social déprimé.
Nous le retrouvons avec grand plaisir avec ce 3ème et très court opus qui vient tout juste de paraitre, "Rose Royal", publié dans la collection noire "Polaroïd" de la maison d'éditions IN8 dirigée par Marc Villard.
Cette fois-ci nous sommes à Nancy; il nous présente la belle Rose,qu'on croise d'ailleurs tous les jours dans la rue; elle flirte avec la cinquantaine, ayant toujours tout assumé jusque-là, mari, divorce, enfants, boulot, galères, coups, solitude et souhaitant - malgré tout - encore profiter de la vie même si celle-ci est en train de la laisser de côté.
Elle a pris ses habitudes dans un troquet où elle se rend après son travail pour retrouver le patron, ses piliers, le journal et son amie Marie-Jeanne. Une rencontre inattendue va bouleverser ce qu'elle souhaitait bouleverser, une vie monotone et trop pleine d'attendus.
Du rose du titre il ne restera plus grand' chose à la fin, remplacé par le noir qu'on sent présent, même si bien planqué au début; Nicolas Mathieu n'écrit pas des histoires pour midinettes, il nous le confirme encore une fois. Brillant, percutant, et un beau portrait de femme, bref à lire!

Ceux qui partent
par (Libraire)
30 septembre 2019

Arts, rencontres, voyages, échanges, passions, racines, hasard: il y a tout cela dans le nouveau roman de Jeanne Benameur

Voici un comédien italien, Donato Scarpa, et sa fille, Emilia, sur le point de débarquer en Amérique en 1910; ils ont quitté leur terre natale car plus rien ne les y retenait hors le chagrin.
Voici aussi Esther Agakian, Arménienne, qui porte en elle les douleurs de son peuple exterminé, voici encore Gabor et Marucca, tziganes, allant là où le vent les porte.
Et voici Andrew Jonsson, jeune Américain par lequel tout commence, grâce à sa passion pour la photographie ; il s’est enhardi à monter sur le navire à quai à Ellis Island pour saisir les visages de ses passagers. Andrew se sent « frère de voyage » avec ceux-ci car son propre père, Islandais, a lui aussi émigré bien des années auparavant. C’est à travers son objectif que l’on va découvrir les protagonistes de ces histoires multiples.
Le temps s’égrène lentement alors que les voyageurs épuisés n’ont qu’une hâte, celle de fouler leur nouvelle terre. L’attente est cruelle. Les corps s’épient, se confient ou au contraire se retranchent dans le repos des souvenirs, fragiles barrières à l’incertitude, à l’inconnu, à la peur. Un énorme coup de coeur de cette rentrée littéraire au Moulin des Lettres!
C’est le roman de l’entre-deux où l’on sait ce qu’on poursuit, l’on ne sait pas ce qui nous attend, et où l’on sait trop ce que l’on a perdu.
Vont être dévoilées les raisons qui ont poussé ces personnages à partir, rassemblés là par le hasard de la vie ; ce qui domine, c’est tout d’abord la souffrance d’avoir dû laisser derrière soi une maison, les ancêtres, des paysages, des parfums, tout cela composant une trame délicate qui alimentera leur mémoire.
Si les âmes ont souffert au point de devoir ainsi tout quitter, les corps, eux, cherchent la consolation grâce à la musique et au violon de Gabor, à la peinture ou encore au théâtre. Dans ce roman il est en effet question d’abandon, d’art, de cultures et de rencontres.
L’écriture sensuelle de Jeanne Benameur sculpte sous nos yeux des personnages ivres de vie et de passions, riches d’une Histoire qui nourrit mais peut aussi dévorer.
Ce roman à la beauté multiple et chatoyante parlera à tous car sa langue épurée, surgie de ce que chacun des personnages a de plus profondément enfoui en lui, traverse l’âme et réjouit le coeur.

Âme brisée
par (Libraire)
30 septembre 2019

Un roman magnifique sur le pouvoir de l'Art dans la résilience

Ce court roman nous transporte à Tokyo en 1938, en guerre contre la Chine. Yu Mizusawa, japonais, répète avec 3 amis chinois « Rosamunde » de Schubert quand débarquent dans la salle des militaires. Le fils de Yu, Rei, âgé de 11 ans, assiste à toute la scène, caché dans une armoire.
C’est cette scène que le jeune garçon va tenter d’exorciser toute sa vie à travers le cheminement qui va le mener de Tokyo à Mirecourt, auprès d’un luthier, puis à Paris, afin de reconstituer les « âmes brisées ».
Ce texte subtil et émouvant évoque l’art comme catharsis, la mémoire et la perte. Gros coup de coeur !
Nous avons le très grand plaisir de recevoir Akira Mizubayashi Mercredi 20 novembre à 18h30. Sera également présent à la rencontre Roland Terrier, luthier à Mirecourt qui nous parlera de son art et de la relation entre le luthier et le musicien.

ADN
9,80
par (Libraire)
18 juillet 2019

Une nouvelle auteure islandaise à découvrir en poche!

"ADN" de l'auteure Yrsa Sigurdardottir ravira les lecteurs et lectrices de polars venus du grand Nord. L'action se passe en Islande et un inspecteur novice, Huldar, va se voir confier la tâche difficile de retrouver un meurtrier en série qui, non content de torturer ses victimes, laisse derrière lui de mystérieux messages cryptés. Huldar va être aidé, au-delà de l'équipe du commissariat, d'une jeune femme, psychologue pour enfants. Un excellent thriller et le premier d'une série à venir jusqu'à nous.

L'Homme du verger
par (Libraire)
18 juillet 2019

Un très beau roman qui allie la nature et le coeur des hommes

Coup de coeur pour le premier roman d'Amanda Coplin (et pour l'instant le seul traduit en français; traduit par Laurence Kiefé): Au nord-ouest des Etats-Unis, à côté de Wenatchee, au tout début du XXème siècle, Talmadge vit seul et passe tout son temps à s'occuper du verger qu'il a planté avec sa mère, morte depuis bien des années; il le fait prospérer et ses rares contacts avec autrui ont lieu lorsqu'il va vendre ses fruits. Sa propriété est parfois traversée par des chevaux sauvages conduits par des Indiens qui en font commerce. La solitude et le contact avec la nature n'ont pourtant pas rendu Talmadge sauvage pour autant car il va nourrir, héberger et enfin adopter deux adolescentes qu'il va croiser par hasard lors d'une de ses virées en ville. Les deux jeunes soeurs ont fui et sont livrées à elles-mêmes, sans aucun appui ni secours. Chacune d'entre elles va tenter de se reconstruire grâce à ce que va leur offrir l'agriculteur mais les douleurs du passé ne vont pas les abandonner de sitôt.
Ce très beau roman, original, dont la résilience est le thème central, rythmé par le temps lent de la récolte et de l'entretien des arbres, a été l'un de mes coups de coeur lors de sa parution en français en 2014 aux éditions Christian Bourgois.