Laurence G.

Giboulées de soleil, Prix Renaudot des Lycéens - 2016

Prix Renaudot des Lycéens - 2016

Alma Editeur

18,00
par (Libraire)
26 janvier 2017

Giboulées de soleil

Magdalena, Libuse et Eva sont les trois personnages centraux du roman. Mère, fille et petite-fille, elles naissent et vivent dans un bourg rural de l'ex Tchécoslovaquie et suivent toutes les trois le même destin: celui de vivre et de grandir sans père, sans homme. Faire face aux difficultés de la vie quotidienne, aux railleries diverses et aux bouleversements historiques qui vont secouer le pays, c'est ce qu'elles vont faire avec leur force de caractère et leur courage. Trois voix, trois « Je », une écriture simple et touchante, un très beau roman...

Les Muselés
par (Libraire)
15 novembre 2016

Un excellent roman noir barcelonais loin des images convenues

« Les Muselés » est le deuxième roman de Aro Sainz de la Maza qui vient d'être traduit en français aux éditions Actes Sud. Cet auteur catalan a créé dans son précédent opus, « Le bourreau de Gaudi », un personnage mélancolique et difficilement contrôlable pour sa hiérarchie, l'inspecteur Milo Malart.
Nous le retrouvons pour une nouvelle enquête, arpentant sous la pluie une Barcelone grise et triste, très éloignée de l'image de la ville solaire véhiculée dans les agences de voyage.
Les meurtres d'une étudiante escort-girl le week-end et d'un avocat chez lequel elle travaillait à temps partiel vont déclencher un branle-bas général; l'enquête de Malart va mettre en lumière la détresse dans laquelle est plongé le peuple espagnol, englué dans une crise économique aux conséquences multiples et dramatiques : expulsions, maladie, chômage...
A travers le portrait d'une société brisée, Sainz de la Mara nous offre un personnage original, en proie à ses propres démons, dans un roman fort et envoûtant, brillamment construit, dans la lignée des romans de l'islandais Indridason. L'un des meilleurs polars de cet automne...

L'homme qui fouettait les enfants
par (Libraire)
8 novembre 2016

Un diamant brut! Précipitez-vous...

Si vous avez lu la quatrième de couverture, vous savez déjà en ouvrant ce diamant brut que vous démarrez une histoire qui finit très mal avant même d'avoir commencé. Vous savez aussi que l'histoire se passe en Louisiane, et vous comprendrez vite que le jeune assis dans le box des accusés vient d'être condamné « à s'asseoir sur les genoux de l'horrible Gertrude ». Il est noir, pauvre comme Job et il va voir en plus le peu qui lui reste à vivre passablement écourté grâce à son père, Brady Sims, qui après l'avoir interpellé va l'abattre avec une seule balle. Tout cela est dit en deux pages. Le narrateur, Louis Guérin, un jeune journaliste naïf et natif de cette même ville, a assisté à la scène incompréhensible de l'infanticide. Il doit rendre un papier le soir même, « un article à résonance humaine » lui a précisé le directeur de l'hebdomadaire de la ville pour lequel il travaille. Mais pour le rédiger, il va devoir comprendre pourquoi Brady Sims a tué son fils et pourquoi il a demandé au shérif deux heures de liberté avant de se rendre. Où trouver les informations qui lui manquent si ce n'est chez Lucas Félix, coiffeur de son état ? C'est là que va se rendre « le petit Guérin » comme l'appelle le shérif, pour écouter ce que les vieux auront à révéler avec peu de mots mais ceux qu'il faut pour raconter la vie d'un des leurs, le Sud, la misère, le racisme ordinaire, et les causes de ce meurtre, celles qui en Louisiane sont à l'origine de tout d'ailleurs : « le tracteur et la guerre ».
Avec une économie de mots remarquable, un sens de la construction et du suspens à faire pâlir un auteur de polars, Gaines nous propulse dans son monde en deux phrases et trois virgules, celui d'un Etat américain où les Noirs sont les premiers à crever de faim, où la parole une fois dîte ne se répète pas et où les femmes sont des objets de fantasme fatiguées à force d'être battues et trompées.
Cet auteur réussira, en plus, à vous faire sourire grâce à des personnages secondaires croustillants.
Quand vous ouvrez ce roman de tout juste 111 pages, vous ne vous attendez pas à recevoir un uppercut en plein visage. Aussi, soyez prévenu, dès la première page, le coup sera puissant et vous resterez sonné longtemps.

Aquarium

Éditions Gallmeister

23,00
par (Libraire)
31 octobre 2016

Un coup de coeur total et définitif pour le dernier roman de David Vann

Dans son nouveau roman, David Vann nous offre une histoire superbe, celle d'une famille luttant contre ses propres démons. Caitlin, la narratrice, revient sur son enfance et l'histoire de sa famille. Lorsque le récit démarre elle vit à Seattle avec sa mère célibataire, Sheri, dans un petit appartement situé dans un quartier sordide de la ville portuaire. Sheri a un travail harassant sur les docks et sa journée de travail terminée, elle récupère Caitlin à l'aquarium de Seattle. La collégienne s'y réfugie tous les après-midis, passionnée par le monde des poissons, un monde qui la fascine et apaise ses angoisses. La vision des poissons et la connaissance qu'elle développe peu à peu sur ce milieu résonnent en elle nourrissant son imaginaire de mille et une façons. Dans ce lieu hors du temps et hors du monde, elle va faire la connaissance d'un vieux monsieur avec lequel elle se lie d'amitié. Cette rencontre va bouleverser l'équilibre précaire construit par Sheri au fil des années, un équilibre dans lequel son propre passé et sa famille n'ont jamais eu aucune place. Sa rage et son mal-être vont se déchaîner sur Caitlin qui ne se satisfait plus des réponses sommaires de sa mère sur son enfance et ses parents et désire plus que tout se constituer une vraie famille.
Prise entre des questions qui restent sans réponse et le besoin de grandir et de s'affirmer vis à vis de sa mère, elle va tenter de réconcilier celle-ci avec son passé et avec elle même.
La langue de David Vann, pleine de poésie mais aussi ciselée, est également emplie de l'écho de la violence des rapports humains et nous transporte dans une histoire familiale de haine et de rédemption, de remords et de lâcheté. Vann prend ses personnages à bras le corps pour que l'indicible éclate enfin en mots libérateurs. On en ressort K.O mais éblouis

Pereira prétend
24,00
par (Libraire)
25 octobre 2016

PEREIRA PRETEND

Qui est donc Pereira ? Il est né une première fois en 1994 sous la plume de Antonio Tabucchi pour renaître grâce aux crayons de Pierre-Henry Gomont. Pereira vit au Portugal en 1938 et s'occupe de la rubrique culturelle d'un quotidien alors que Salazar et ses sbires règnent en maîtres adoubés par Mussolini et Franco. Depuis le décès de sa femme, le quotidien de Pereira est morne et solitaire. Une rencontre fortuite avec un jeune idéaliste va bouleverser sa vie.
Pourquoi lire cette adaptation graphique du roman d'Antonio Tabucchi? Pour découvrir ou retrouver le roman italien dénonçant la dictature et la censure politique, écrit à un moment où Berlusconi va être élu pour la première fois chef de gouvernement en Italie. Avec Pereira, mélancolique, massif et fragile souffrant d'une envie insatiable de nourriture confinant à la maladie, Tabucchi crée un personnage qui pourrait être Monsieur Tout Le Monde mais dont les convictions profondes et l'humanisme vont peu à peu reprendre le dessus sur la lâcheté et l'égoïsme.
Gomont s'est approprié le roman de Tabucchi de très belle manière, par le dessin évidemment. Le trait vibre légèrement, comme lorqu'on regarde un paysage écrasé par la lumière solaire. Chaque silhouette se détache entourée d'un léger halo blanc, insufflant de l'énergie dans la page tout en créant une lisibilité exemplaire. Les couleurs, fortes, tranchées, participent pleinement à l'ambiance avec les ciels azuréens et les façades ocre que l'on sait être celles de Lisbonne. La conscience de Pereira prend la forme d'un petit bonhomme qui apparaît à ses côtés, le sermonnant ou l'incitant à prendre position sur ce qu'il voit et qui le révulse: des arrestations sommaires en pleine rue, des assassinats perpétrés par la police du régime et passés sous silence par la presse...
Ce roman graphique est un exemple parfait de ce que peut apporter la Bd à la littérature: une relecture pleine de style et d'originalité donnant vie sous une autre forme à un texte fort, bien loin d'une simple transposition sans imagination ou éclat. Lecture recommandée aussi pour un public ado.