Laurence G.

Souvenirs de la marée basse
par (Libraire)
4 septembre 2017

Une écriture élégante et délicate pour des souvenirs dont on ne se lasse pas

D’une écriture élégante, dans de courts chapitres écrits au présent, Chantal Thomas nous fait revivre son enfance et sa jeunesse. Elle commence un peu plus tôt dans le temps avec la rencontre de ses parents à Lyon, le départ de ses grands-parents pour la cité balnéaire d’Arcachon suivi bientôt par celui de sa mère; son père, bien obligé, les rejoindra. Ce père d’ailleurs occupe bien peu de place dans la vie de la narratrice; devenu mutique quand il prend conscience qu’il lui faudra épouser une femme qu’il considérait comme une simple passade, il assume cette paternité non désirée mais il restera absent de la vie familiale. La mère, ne vivant que pour et par la natation, devient dépressive après son mariage quand elle comprend que sa vie de femme mariée l’enferme entre les quatre murs de la cuisine. La nage va la sauver du naufrage sentimental.
Qui reste-t-il dans le panthéon de Chantal ? Le grand-père, fabuleux raconteur d’histoires et inventeur de mondes merveilleux, et « les enfants venus d’ailleurs », les vacanciers, à l’origine d’amitiés éphémères sans cesse recommencées…
On se délecte de cette lecture, de ces tableautins sensibles qui disent les petits riens de l’enfance, les jeux infinis de l’imagination, la liberté totale de mouvement d’une enfant grandissant sur la plage et dans l’eau.
L’énergie pleine de curiosité de cette fillette pour le monde qui l’entoure nous enchante et la présence de cette mère étrange nous intrigue; leur histoire à toutes deux est « bancale » comme l’avoue l’auteure mais on la suit pas à pas jusqu’au bout, ensorcelés.

L'art de perdre , Prix Goncourt des Lycéens - 2017

Prix Goncourt des Lycéens - 2017

Flammarion

22,00
par (Libraire)
31 août 2017

Une fresque familiale entre l'Algérie des années 50 et la France des années 2010

Comment se construire lorsqu'on ne sait rien du pays de ses racines? Naïma, parisienne trentenaire, n'arrive plus à combler le vide que les générations précédentes et silencieuses lui ont laissé pour seul héritage, faisant de l'Algérie un pays réduit à quelques souvenirs remisés dans les tiroirs. Découvrant la Kabylie, elle va affronter le passé et le sort réservé par la France aux harkis et à sa famille. Cet épais roman, passionnant, navigue entre la fiction et l'autofiction; il est aussi une réflexion sur l'identité, au-delà des injonctions de l'Histoire et de la société.

Hôtel du Grand Cerf
par (Libraire)
18 juillet 2017

Une plume remarquable et des dialogues ciselés pour un excellent roman noir

La couverture est noire et l'intrigue de ce roman l'est tout autant mais sur le mode « on va rire cinq minutes». Tout démarre grâce à un producteur de documentaires qui tombe par hasard sur des chutes de films datant des années 50. L'actrice principale qu'il découvre dans ces bouts d'essai est alors au faîte de sa gloire mais meurt noyée dans la baignoire de sa chambre d'hôtel lors du tournage de ce qui restera un film inachevé. Il lance sur les traces de cette femme fatale un journaliste désoeuvré devenu son homme à tout faire, car il est persuadé qu 'elle a été assassinée. Mû par un instinct qui l'a déjà servi à accomplir sa mission de producteur, il veut tirer tout cela au clair et en faire un film. Nous voilà donc projeté dans les Ardennes – frontière franco belge- à Reugny, sur la scène du dit crime, à l'hôtel du Grand Cerf, au fin fond d'une campagne boisée, alcoolisée et endormie.
Nicolas, notre journaliste, est projeté au milieu d'une nouvelle affaire alors qu'il découvre les lieux et leurs habitants car on vient de découvrir à quelques kilomètres de là le cadavre d'un douanier décapité. Entre-temps, la fille de la patronne de l'hôtel disparaît sans laisser de traces , seul son vélomoteur émerge d'une mare où un second corps sera également trouvé.
Bref, des cadavres vous en avez non seulement dans les baignoires mais aussi dans les bois et les mares. Et qui dit cadavres dit inspecteur. Intervient alors un nouveau personnage affublé d'un nom totalement saugrenu, Vertigo Kulbertus, obèse et à 15 jours de la retraite. Fulminant, il se rend quand même, bien obligé, à Reugny. Le personnage et ses méthodes d'investigation sont à l'exact opposé de celles de Sherlock Holmes : vulgaire pour choquer et pousser les présumés coupables dans leurs retranchements, amateur de bière sans mousse, il est excessif en tout y compris dans son amour pour lui-même.
Le style inimitable de Bartelt, superbe et pince sans rire, donne droit à des dialogues hilarants. Plongez avec bonheur dans un livre qui, ayant tout du roman policier, se paye aussi le luxe d'être une comédie sociale teintée d'amertume et d'humour

Quand sort la recluse
par (Libraire)
11 mai 2017

Un nouvel épisode à savourer

Une construction narrative à tiroirs, des dialogues savoureux, des règlements de compte au sein de la brigade, des recluses en chair et en pattes et notre Adamsberg perdu dans les brumes du Moyen-Age: tout cela mis ensemble fait un excellent Fred Vargas!

Marx et la poupée
18,00
par (Libraire)
2 mars 2017

Un premier roman autobiographique plein de poésie, émouvant et drôle

Composé de très courts chapitres et structuré en 3 parties, les trois naissances de la narratrice, ce roman fortement autobiographique nous entraîne dans un double voyage, celui du pays de l'enfance, l'Iran, et celui du déracinement, la France. Aujourd'hui et hier se bousculent et se chevauchent pour raconter l'histoire d'une petite fille qui naît au début de l'ère Khomeiny et des manifestations qui feront basculer Téhéran dans une répression d'une extrême violence. A travers des portraits de proches et des images de lieux qui ont marqué fortement sa vie, Maryam Madjidi tisse un canevas fait de la mémoire familiale qui renvoie à celle d'un peuple tout entier: opposition politique, militantisme, résistance, emprisonnement, exil, repères à reconstruire de zéro...
Le parcours de ce "je" narrateur, toujours accompagné de la figure tutélaire de la grand-mère bienveillante, la "grande protectrice", nous est offert dans une langue imagée et poétique, souvent bouleversante, drôle aussi. Un livre qui est aussi un petit bijou...