Ceux qui partent
par (Libraire)
30 septembre 2019

Arts, rencontres, voyages, échanges, passions, racines, hasard: il y a tout cela dans le nouveau roman de Jeanne Benameur

Voici un comédien italien, Donato Scarpa, et sa fille, Emilia, sur le point de débarquer en Amérique en 1910; ils ont quitté leur terre natale car plus rien ne les y retenait hors le chagrin.
Voici aussi Esther Agakian, Arménienne, qui porte en elle les douleurs de son peuple exterminé, voici encore Gabor et Marucca, tziganes, allant là où le vent les porte.
Et voici Andrew Jonsson, jeune Américain par lequel tout commence, grâce à sa passion pour la photographie ; il s’est enhardi à monter sur le navire à quai à Ellis Island pour saisir les visages de ses passagers. Andrew se sent « frère de voyage » avec ceux-ci car son propre père, Islandais, a lui aussi émigré bien des années auparavant. C’est à travers son objectif que l’on va découvrir les protagonistes de ces histoires multiples.
Le temps s’égrène lentement alors que les voyageurs épuisés n’ont qu’une hâte, celle de fouler leur nouvelle terre. L’attente est cruelle. Les corps s’épient, se confient ou au contraire se retranchent dans le repos des souvenirs, fragiles barrières à l’incertitude, à l’inconnu, à la peur. Un énorme coup de coeur de cette rentrée littéraire au Moulin des Lettres!
C’est le roman de l’entre-deux où l’on sait ce qu’on poursuit, l’on ne sait pas ce qui nous attend, et où l’on sait trop ce que l’on a perdu.
Vont être dévoilées les raisons qui ont poussé ces personnages à partir, rassemblés là par le hasard de la vie ; ce qui domine, c’est tout d’abord la souffrance d’avoir dû laisser derrière soi une maison, les ancêtres, des paysages, des parfums, tout cela composant une trame délicate qui alimentera leur mémoire.
Si les âmes ont souffert au point de devoir ainsi tout quitter, les corps, eux, cherchent la consolation grâce à la musique et au violon de Gabor, à la peinture ou encore au théâtre. Dans ce roman il est en effet question d’abandon, d’art, de cultures et de rencontres.
L’écriture sensuelle de Jeanne Benameur sculpte sous nos yeux des personnages ivres de vie et de passions, riches d’une Histoire qui nourrit mais peut aussi dévorer.
Ce roman à la beauté multiple et chatoyante parlera à tous car sa langue épurée, surgie de ce que chacun des personnages a de plus profondément enfoui en lui, traverse l’âme et réjouit le coeur.

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