Le Sucre et la Faim. Enquête dans les régions sucrières du Nord-Est brésilien
EAN13
9782707332561
Éditeur
Les Éditions de Minuit
Date de publication
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Langue
français
Langue d'origine
français
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Le Sucre et la Faim. Enquête dans les régions sucrières du Nord-Est brésilien

Les Éditions de Minuit

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Une amnistie vient d’être promulguée au Brésil et l’ex-gouverneur de l’État de
Pernambouc, Miguel Arraes, rentre à Recife en septembre 1979 après quinze ans
d’exil. À cette occasion, Robert Linhart part enquêter dans les régions
sucrières du Nord-Est brésilien : comment les ouvriers agricoles ont-ils vécu
ces années de dictature ? Où en est le mouvement paysan ? Exode des paysans
vers les bidonvilles. Progression de la faim avec la monoculture sucrière.
Travail des enfants. Trente-cinq ans après sa parution en 1980, ce livre reste
un témoignage accablant sur la situation de l’époque et, par bien des aspects,
sur celle d’aujourd’hui. « Mourir de faim avec tous les documents du monde,
contrat de travail assurances, fiches de paye. Mourir de faim pour le "modèle
exportateur" et les rentrées de devises. À mesure que je recueillais
témoignages et données, la faim m’apparaissait avec une terrible netteté comme
la matière et le produit d’un dispositif compliqué jusqu’au raffinement. La
faim n’était pas une simple absence spectaculaire, presque accidentelle,
d’aliments disponibles. (...) Ce n’était pas une faim simple, une faim
primitive. C’était une faim élaborée, une faim perfectionnée, une faim en
plein essor, en un mot, une faim moderne. Je la voyais progresser par vagues,
appelées plans économiques, projets de développement, pôles industriels,
mesures d’incitation à l’investissement, mécanisation et modernisation de
l’agriculture. Il fallait beaucoup de travail pour produire cette faim-là. De
fait, un grand nombre de gens y travaillaient d’arrache-pied. On s’y affairait
dans des buildings, des bureaux, des palais et toutes sortes de postes de
commandement et de contrôle. Cette faim bourdonnait d’ordres d’achat passés
par télex, de lignes de crédit en dollars, marks, francs, yens, d’opérations
fiévreuses sur les commodities markets (les Bourses de matières premières, où
les spéculateurs vendent, revendent, achètent, rachètent dix, quinze, trente
fois le même lot de sucre, de cacao ou de coton avant même qu’il ne soit
récolté, faisant chuter ou s’envoler les cours, toujours de façon à concentrer
les bénéfices et à déposséder le petit producteur direct), de transactions
foncières, d’anticipations, d’astuces et de bons coups. On n’en avait jamais
fini d’entrer dans le détail de la production de cette faim. »

*[6e]: Sixième
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