La veille de presque tout
par (Libraire)
6 février 2017

Le nouveau roman noir de Del Arbol, une construction du récit toujours aussi virtuose!

Si vous ouvrez pour la première fois un roman de Del Arbol, sachez qu'il faudra l'aborder avec de la patience, celle qui est indispensable pour dénouer un écheveau d'histoires entremêlées, de va et vient dans les époques et les pays. Ses récits ne s'avalent pas d'une traite, non, il faut les savourer, se couler dans des couches épaisses et multiples, saisir ce qui relie les êtres par-delà les années écoulées pour voir se révéler enfin une conclusion jamais vraiment libératrice.
Del Arbol sait que si l'Histoire se construit avec des héros souvent de pacotille et des fantômes qui les secondent, hommes, femmes, enfants, elle recèle aussi sa part d'ombre amère. Nimbés d'une infinie tristesse leur donnant une silhouette lourde à traîner, les personnages de Del Arbol souffrent. Ce sont des taiseux qui n'arrivent pas à se libérer de leurs cauchemars. Violences, jalousies, passions et mensonges constituent le suc de ces vies déployées peu à peu sous nos yeux. Les temps et les lieux s'entrechoquent et se cognent tout au long de chapitres qui, cependant, n'égarent jamais le lecteur.
Les blessures de famille restées béantes à cause de silences ravageurs finissent par suppurer haine et vengeance. Elles ne guérissent jamais et se transmettent, sans rédemption possible, donnant lieu à de douloureuses quêtes de vérité.
Son dernier roman vient de paraître en français, et, avouons-le, nous l'attendions avec impatience. « La veille de presque tout » est plus ramassé que les précédents mais a toujours comme base cette valse des époques que Del Arbol manie d'une main de maître.
L' inspecteur Ibarra s'est rendu célèbre en découvrant un tueur pédophile, trop tard cependant. Malgré ce demi-succès incontestable, il est rongé par un mal-être qui l'entraîne dans une saoûlerie nocturne quotidienne et solitaire : il n'ose plus affronter le drame quotidien qui se joue sous son propre toit et en est pétri de remords. Par-delà sa propre détresse, il devra pourtant affronter le vent des rumeurs qui tournent en sa défaveur et essayer de résoudre une disparition qui emportera à nouveau le lecteur, en Espagne et en Argentine, vers de multiples histoires individuelles.

Tous les conseils de lecture

Des romans âpres, des personnages exceptionnels, des paysages plus que sauvages, des familles qui trinquent, une Amérique qui grince des dents et flanche sous le poids de sa misère...On aime et on en redemande!

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