Les Vaisseaux Frères
par (Libraire)
14 février 2018

Un roman superbe sur la recherche de ses origines dans un Bangladesh miné par la pauvreté

Pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas Tahmima Anam, voici une occasion de le faire grâce à la belle traduction de son troisième roman. Ce livre permet aussi de découvrir le Bangladesh, peu mis à l'honneur dans la littérature.
Le lecteur va découvrir l'univers et les pensées d’un superbe personnage féminin, Zubaïda, paléontologue achevant sa thèse à Cambridge, grâce à une lettre qu'elle adresse à un américain, Elijah. On apprend qu'elle doit repartir au Bangladesh, après une mission de fouilles au Pakistan qui échoue. Elle doit se marier, selon la coutume, à un homme à qui elle est promise depuis longtemps. Mais ses interrogations sur ce qu’elle laisse aux Etats-Unis, sur ses origines puisqu'elle sait avoir été adoptée, et sur son statut de femme mariée une fois la cérémonie passée, ne cessent de la tourmenter.

Un second récit va s'enchâsser alors dans ce premier niveau de la fiction, celui d'un homme, Anwar, ouvrier dans le plus grand port de la côte bangladaise,Chittagong, où le travail consiste à désosser des navires en fin de vie dans des conditions extrêmes.
Les deux personnages vont se révéler être liés par leurs histoires personnelles. Acceptant en effet d'être traductrice auprès d’une anglaise réalisant un reportage sur ce port, Zubaïda va rencontrer Anwar et celui-ci va lui révéler des éléments de son passé.

Tahmima Anam sait captiver son lecteur ; nous la suivons facilement dans les méandres des réflexions de son personnage principal. Le livre pose des questions essentielles qui rejoignent la réalité sociale du Bangladesh et notamment la difficulté des femmes à choisir la façon de mener leur vie dans une société patriarcale qui nie tout simplement cette possibilité. Le roman est aussi l'occasion de décrire de façon aiguë et réaliste l'extrême pauvreté dans le sous-continent indien, celle d'adultes et d'enfants qui gagnent leur vie à la journée en louant leur corps pour des sommes dérisoires.
L'auteure développe aussi de façon intimiste ses interrogations sur les erreurs qu'une vie entière ne peut réparer et sur le passé qui vous rattrape, inévitablement.

Le camp des autres
17,00
par (Libraire)
24 septembre 2017

Superbe!

Ouvrez le livre de Thomas Vinau et vous aurez droit à une bouffée de bonheur dès les premières pages, un bonheur de lecteur exigeant comme vous l'êtes sans doute, avide de textes forts et bien tournés.
Avec ses six chapitres, courts mais denses, le gaillard vous attrape et ne vous lâche plus. Son écriture est une gigue endiablée, elle ébahit, elle enjôle, tout en poésie et petits bijoux offerts au fil des pages de ce roman qui commence dans la douleur du « givre [qui] fait gueuler la lumière » et finit par un « printemps qui pétille ».
C'est Gaspard que l'on suit quelques mois durant, en l'année 1905, un enfant encore. Il vient de recevoir une sacrée raclée, une de plus, une de trop, et s'est enfui dans la forêt portant dans les bras son chien bâtard, encore plus blessé que lui mais qu'il ne veut pas abandonner. Il ne peut trouver refuge qu'au plus profond des bois, il le sait, on ne pourra pas le débusquer, là. C'est sans compter celui qui se fait nommer Jean-le-blanc, guérisseur-ermite ; il va sauver le garçon à moitié mort de faim, de froid, de peur, de coups et ce grand solitaire va l'accepter jusqu'à vouloir même l'initier aux secrets des plantes. Dans cet abri-cocon isolé du monde, Gaspard se remet peu à peu et apprend le langage de la nature. D'autres personnages vont bientôt y débarquer l'entraînant vers de nouveaux paysages. Ils font partie d'une famille, gitans, repris de justice, prostituées et c'est l'une d'elles, Sarah, qui va le prendre sous son aile. Une autre histoire se profile, celle d'hier identique à celle d'aujourd'hui, l'histoire de ceux qui parcourent les routes, mal vus et mal aimés.
Quand on lit les lignes ajoutées en exergue aux divers chapitres, phrases tirées de Dhôtel, de Rimbaud, de Hugo, de Guillevic, on sait que Vinau fait partie, lui, de cette famille-là ; on retrouve dans ses oeuvres le même goût pour la langue, celle qui claque et celle qui poétise, qui vous estourbit par toute la beauté qu'elle contient et par les images qu'elle fait naître. Qu'il ait recours au patois ou à la langue savante, Vinau sait y faire, les mélanges sont réussis et toujours créés à bon escient. Voilà tout simplement l'un des plus beaux romans de la rentrée littéraire 2017.

Des romans âpres, des personnages exceptionnels, des paysages plus que sauvages, des familles qui trinquent, une Amérique qui grince des dents et flanche sous le poids de sa misère...On aime et on en redemande!

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