Un certain M. Piekielny
par (Libraire)
16 septembre 2017

Un roman brillant construit à la façon des poupées russes

A la question « Mais qui est donc ce M. Piekielny ? », héros du dernier roman de François-Henry Désérable, la réponse peut être tout sauf courte. Ce personnage aux contours flous apparu dans « La promesse de l'aube » est remarquablement exhumé de l'oubli par Désérable. Après Evariste Gallois dont notre jeune et brillant auteur s'était emparé pour en livrer un portrait enlevé, on s'attend en effet à lire émanant de sa plume une nouvelle biographie alerte, un dépoussiérage documenté de la vie de cet obscur personnage lituanien (car Piekielny est de Vilnius). Habile subterfuge !
Derrière M. Piekielny on découvre en réalité, encastrées telles des poupées russes, bien d'autres silhouettes : celle de Romain Gary qui le premier lui a donné un rôle de figurant dans la littérature, celle de Désérable lui-même, celles de femmes, -mères, maîtresses- et celles des quelques milliers de Juifs de Vilnius contemporains de Piekielny.
Tout démarre grâce à un concours de circonstances qui veut que Désérable se retrouve, au cours d'un voyage, devant l'immeuble où a grandi Romain Gary -né Roman Kacew- à Vilnius justement, immeuble reconnaissable grâce à une plaque qui y a été apposée. La vision de la cour et les pages de « La promesse de l'aube » qui remontent à la mémoire de Désérable font surgir alors l'image de l'un des personnages de l'enfance de Gary, précisément notre M. Piekielny. Ni une ni deux, Désérable décide d'en faire à nouveau un sujet de roman mais pour cela il lui faut s'appuyer sur du réel, d'où consultation d'archives de toutes sortes, conversations avec des Lituaniens au cours de ses nombreux allers et retours entre Paris et Vilnius et mises à contribution également du hasard et de son imagination débordante, quand il n'a malheureusement pas de réponse à ses multiples questions.
Tenace, Désérable ne lâche pas l'affaire qui s'avérera compliquée au vu du peu de traces restant de la communauté juive lituanienne ; il les cherchera et comblera les vides ; même si certains « morceaux de vie » sont inventés de toutes pièces, l'auteur nous convainc car le style est charmeur.
Désérable, prenant la figure de Romain Gary comme point de départ, rend aussi un hommage à la mémoire de la foule d'anonymes que celui-ci a côtoyés à Vilnius avant leur massacre

Tous les conseils de lecture