L'homme qui fouettait les enfants
par (Libraire)
8 novembre 2016

Un diamant brut! Précipitez-vous...

Si vous avez lu la quatrième de couverture, vous savez déjà en ouvrant ce diamant brut que vous démarrez une histoire qui finit très mal avant même d'avoir commencé. Vous savez aussi que l'histoire se passe en Louisiane, et vous comprendrez vite que le jeune assis dans le box des accusés vient d'être condamné « à s'asseoir sur les genoux de l'horrible Gertrude ». Il est noir, pauvre comme Job et il va voir en plus le peu qui lui reste à vivre passablement écourté grâce à son père, Brady Sims, qui après l'avoir interpellé va l'abattre avec une seule balle. Tout cela est dit en deux pages. Le narrateur, Louis Guérin, un jeune journaliste naïf et natif de cette même ville, a assisté à la scène incompréhensible de l'infanticide. Il doit rendre un papier le soir même, « un article à résonance humaine » lui a précisé le directeur de l'hebdomadaire de la ville pour lequel il travaille. Mais pour le rédiger, il va devoir comprendre pourquoi Brady Sims a tué son fils et pourquoi il a demandé au shérif deux heures de liberté avant de se rendre. Où trouver les informations qui lui manquent si ce n'est chez Lucas Félix, coiffeur de son état ? C'est là que va se rendre « le petit Guérin » comme l'appelle le shérif, pour écouter ce que les vieux auront à révéler avec peu de mots mais ceux qu'il faut pour raconter la vie d'un des leurs, le Sud, la misère, le racisme ordinaire, et les causes de ce meurtre, celles qui en Louisiane sont à l'origine de tout d'ailleurs : « le tracteur et la guerre ».
Avec une économie de mots remarquable, un sens de la construction et du suspens à faire pâlir un auteur de polars, Gaines nous propulse dans son monde en deux phrases et trois virgules, celui d'un Etat américain où les Noirs sont les premiers à crever de faim, où la parole une fois dîte ne se répète pas et où les femmes sont des objets de fantasme fatiguées à force d'être battues et trompées.
Cet auteur réussira, en plus, à vous faire sourire grâce à des personnages secondaires croustillants.
Quand vous ouvrez ce roman de tout juste 111 pages, vous ne vous attendez pas à recevoir un uppercut en plein visage. Aussi, soyez prévenu, dès la première page, le coup sera puissant et vous resterez sonné longtemps.

Tous les conseils de lecture

Des romans âpres, des personnages exceptionnels, des paysages plus que sauvages, des familles qui trinquent, une Amérique qui grince des dents et flanche sous le poids de sa misère...On aime et on en redemande!

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