Conseillé par (Libraire)
3 mars 2024

Une plongée hallucinante dans la jungle amazonienne et une dénonciation des exactions des Blancs envers les tribus autochtones.

Pierre Corbucci a choisi pour entrer en littérature un thème qui rappelle à nos mémoires "Au cœur des ténèbres" ou encore "Fitzcarraldo", avec une plongée hallucinante dans la jungle amazonienne.
Dès le départ, le personnage du jeune et totalement inexpérimenté lieutenant Sarr, à qui l'on confie une mission hors du commun, est tellement pétri de détermination que rien ne semble pouvoir l'arrêter. Il est prêt à tout pour accomplir ce que sa hiérarchie lui demande soit construire une piste d'atterrissage dans la jungle afin de cartographier une région de l'Amazonie encore méconnue.
Il doit pouvoir s'appuyer sur le propriétaire richissime et mégalomane d'une plantation d'hévéas grâce à un accord préalablement établi entre son état-major et l'entrepreneur.
Il prend donc le train mais nous sommes dans les années 20 et tout voyage au cœur de la nature luxuriante de l'Amazonie semble relever du défi.
Ainsi démarre le roman dans lequel une tension dramatique va s'installer très vite et s'intensifier au fil des chapitres.
Complexité des sentiments et des personnages, passé empli de violences et d'exactions sont remarquablement tissés pour laminer peu à peu ce jeune orgueilleux jusqu'au point de bascule. La jungle qui enserre le domaine est un élément essentiel de cette dramaturgie romanesque peuplée de dieux et d'humains incompréhensibles à qui ne tend pas l'oreille.
Un roman fabuleux à la puissance d'évocation indubitable qui rend compte également de la violence exercée sur les tribus d'Amazonie.

Conseillé par (Libraire)
21 juin 2019

Un roman choral sur la puissance de l'espoir et le collectif: le prix 2019 du Moulin des lettres!

Qu’est-ce qu’écrire ? Pour certains auteurs et pour Alaa El Aswany en particulier, c’est donner la parole à celles et ceux qui n’ont pas de voix.
Ils sont nombreux en Egypte, en 2011, date à laquelle se déroule ce roman, à ne plus supporter l’injustice, la corruption politique et la répression policière aveugle cautionnées par Hosni Moubarak. Ils vont se retrouver sur la place principale du Caire, la place Tahrir, et des discussions menées entre musulmans, laïcs et coptes va émerger l’idée d’une nouvelle Egypte que le peuple, à bout, veut faire naître.
Alaa El Aswany nous révèle de façon passionnante, avec un style alerte et plein d’ironie, l’histoire très contemporaine de la révolution égyptienne qu’il va dérouler sous nos yeux, jour après jour, grâce à l’introduction dans cette histoire chorale de personnages de condition sociale et d’appartenance religieuse diverses, en n’oubliant pas le camp de l’armée dont les chefs manipulent habilement l’opinion à leur avantage, quitte à jouer avec le feu.
Asma est l’un de ces personnages ; jeune professeure idéaliste aux convictions profondes, elle refuse de se voiler malgré les pressions de sa hiérarchie, tout comme elle refuse la soumission au sein de sa famille; opprimée et humiliée au quotidien, c’est à Mazen, un ingénieur dans une usine rencontré aux réunions organisées par le mouvement politique Kifaya, qu’elle va se confier. Ils vont s’impliquer tous les deux jusqu’au bout dans le mouvement de rébellion populaire et se retrouvent dans leur vision commune d’un pays débarrassé du mensonge, de l’oppression faite aux femmes et du mépris du peuple ; ils se confient l’un à l’autre par mails sur leur quotidien et les vicissitudes qu’ils affrontent au travail : cette alternance de correspondances crée une rupture dans le récit du narrateur omniscient et nous permet de pénétrer dans deux univers intimes et professionnels très différents.
Tout au long du roman d’ailleurs El Aswany a à coeur de faire entrer le lecteur dans de nombreux foyers cairotes et en nous ouvrant leurs portes, il nous montre aussi la condition réservée aux filles, sœurs et épouses dans les familles ; la pression parentale exercée sur les filles est lourde et leur mode de vie n’est jamais dicté par leur volonté propre mais imposé par la tradition, le respect du père et la religion. Combien d’Asma rencontre-t-on, assez fortes et courageuses pour se rebeller et quitter le foyer parental afin de fuir un mariage forcé? Bien peu !
L’hypocrisie de la société égyptienne est dénoncée tout au long du livre et à de nombreuses reprises ; chacun y va, homme ou femme, de sa lecture très personnelle du Coran pour s’autoriser les pires écarts de conduite : lâcheté, sexe, alcool, volonté de pouvoir, enrichissement illégal, jalousie et malgré la violence de la situation vécue par ses personnages, la répression et les affrontements parfois mortels, El Aswany ne manque pas de mordant et parfois même de drôlerie pour décrire ce pays qui lui est si cher et où il continue de vivre malgré tout. Un roman superbe et extrêmement émouvant qui a fait l’unanimité du jury du Moulin des Lettres en ce mois de juin 2019 !