sandrine57

Lectrice compulsive d'une quarantaine d'années, mère au foyer.

Canicule, Prix des lecteurs Polar 2018

Prix des lecteurs Polar 2018

Le Livre de Poche

8,20
13 juillet 2020

Vingt ans qu'Aaron Falk n'a pas mis les pieds à Kiewarra. Depuis qu'avec son père il a quitté la ville, poursuivi par la vindicte du père d'Ellie. Il avait seize alors et il était soupçonné du meurtre de son amie. De l'eau a coulé sous les ponts et Aaron est désormais policier à Melbourne, spécialiste des affaires financières. Un drame l'a fait fuir, un drame le fait revenir. Luke, son ami d'enfance, presque un frère, vient de tuer sa femme et son fils avant de se suicider, ne laissant derrière lui que sa petite Charlotte, âgée de treize mois. Sans le mot du père de Luke, - ''Luke a menti. Tu as menti. Sois présent aux funérailles'' - il se serait épargné ce retour vu d'un mauvais œil par les gens du coin qui n'ont rien oublié du passé qu'il a voulu enterrer. Mais le mot l'a intrigué. Ce terrible drame familial pourrait-il être lié à la mort d'Ellie ? En tout cas, la mère de Luke ne croit pas un instant à la thèse du double meurtre et du suicide, aussi demande-t-elle à Aaron de mener l'enquête.

Ambiance oppressante, étouffante, caniculaire pour ce polar qui nous emmène en Australie, aux confins de l'Outback. Une bourgade agricole, deux drames à vingt ans d'intervalles et un flic confronté à l'hostilité d'une population d'autant plus nerveuse qu'elle n'a pas vu une goutte de pluie depuis des mois.
Canicule est un polar classique avec une structure classique qui va du mystère jusqu'à sa résolution. Et pourtant, c'est aussi un roman envoûtant, un page-turner qu'on ne peut lâcher une minute, un roman d'ambiance qui nous plonge au cœur d'un bled paumé australien. Les difficultés de cette communauté perdue au bout du monde, son isolement, sa pauvreté, son combat contre une nature hostile, tout cela est parfaitement bien décrit et on se met dans la peau de ces gens bourrus qui scrutent le ciel avec, au ventre, la peur de tout perdre. Certains restent chaleureux, cordiaux, solidaires, d'autres lèchent leurs plaies et grognent. Perdu entre passé et présent, intrus parmi les siens, Aaron Flack est l'autre atout du roman. Un flic comme il y en a tant, abîmé par la vie, empêtré dans ses souvenirs, qui sans se l'avouer revient aussi dans sa ville pour tenter de faire la paix avec son passé. Accusé, calomnié, il va chercher la vérité malgré les menaces et les coups.
Rondement mené et addictif, ce polar est un vrai coup de cœur.

Par amour / roman, Prix des lecteurs Littérature française 2018

Prix des lecteurs Littérature française 2018

Le Livre de poche

7,90
13 juillet 2020

Emélie et Muguette, deux sœurs havraises, deux caractères opposés, deux épouses, deux mères, dans la tourmente de la Seconde Guerre mondiale.
Emélie, la combative, la volontaire, la pragmatique, la mère de Jean et Lucie, l'éternelle amoureuse de Joffre, son mari parti au front.
Muguette, la cadette, rêveuse, fragile, insouciante, mère de Joseph et Marline et qui se languit de son mari prisonnier en Allemagne.
De l'exode à la libération, les deux sœurs et leurs familles vont subir l'humiliation de la défaite, la honte de l'occupation, les bombardements allemands ET alliés, la faim, le froid, la maladie, la séparation, le deuil...

Un récit fort et plein de sentiments qui s'appuie sur une solide documentation historique pour nous immerger totalement dans le chaos havrais. À travers les multiples voix des personnages, on découvre l'enfer des bombardements, tous les renoncements qu'impose la guerre, mais aussi un pan méconnu de l'histoire du Havre : l'envoi de centaines d'enfants du pays vers l'Algérie afin de les mettre à l'abri.
À travers l'histoire de ces deux familles, Valérie Tong Cuong rend un vibrant hommage à sa propre famille et à tous les havrais sacrifiés sur l'autel de la guerre. On se souviendra longtemps de Muguette, Emélie, Joffre, Marline et tous les autres, de leurs convictions, leurs certitudes, leurs déceptions, leurs souffrances et leurs choix toujours faits... par amour.

Voyages de noces

McDermid, Val

Flammarion

22,00
29 juin 2020

Désormais à la tête de la toute nouvelle BREP, Carol Jordan attend avec impatience la grosse affaire qui pourra prouver que son équipe mérite d'être qualifiée de brigade d'élite. Tous sont sur le pied de guerre et Carol trépigne d'autant plus que depuis qu'elle a lâché la bouteille, son travail est sa seule source de satisfaction. L'occasion de faire leurs preuves arrive du North Yorkshire où le cadavre d'une femme vient d'être retrouver dans une voiture incendiée sur une aire d'autoroute isolée. Mais toutes les preuve susceptibles de faire avancer l'enquête ont disparu dans l'incendie et la BREP a très peu de matière pour commencer l'enquête. C'est malheureusement lorsqu'une deuxième victime est découverte que quelques pistes émergent. Les deux femmes semblent s'être rendues seules à un mariage et y auraient rencontré leur bourreau. Pourtant très vite l'enquête s'enlise et même Tony Hill semble incapable d'établir un profil psychologique. Face à un tueur insaisissable, pressée par sa hierarchie d'obtenir des résultats rapides et confrontée à une journaliste qui veut sa peau, Carol Jordan est au bord du gouffre.

Dixième enquête pour le commandant Carol Jordan et le profileur Tony Hill. Plus que des amis, moins que des amoureux, ils cohabitent provisoirement, le temps pour Carol de réussir son sevrage. Car les tentations de replonger sont grandes, exacerbées par une enquête qui n'avancent pas et des pressions de toutes parts. Mais Carol sait qu'elle peut compter sur le profileur ainsi que sur toute son équipe toujours vent debout derrière leur cheffe.
Encore une fois, Val McDermid réussit à nous prendre dans ses filets grâce à l'attachement à ses personnages qu'elle a su crée. Carol bien sûr, blessée mais toujours debout, Tony, son éternel amoureux platonique mais aussi les autres membres de la brigade. Dans cet opus, une belle part est réservée à Paula, la spécialiste des interrogatoires. Tutrice avec sa compagne du jeune Torin, elle est confrontée aux premiers tourments de l'adolescence du garçon qui jusque là n'avait posé aucun problème. Là encore, ses collègues, dont Stacey, l'informaticienne de génie, seront solidaires pour l'aider à sortir Torin du guêpier où il s'est fourré.
McDermid a su trouver le juste équilibre entre vie privée et enquête policière, ainsi les personnages nous semblent proches malgré les horreurs auxquelles ils sont confrontés. Ce dixième opus, un des meilleurs au demeurant, ne déroge pas à la règle et réserve un final des plus surprenants...Vivement la suite !

Les chemins de la haine

Dolan, Eva

Points

8,30
29 juin 2020

Dans la banlieue de Pertersborough, une ville de l'Est de l'Angleterre, au petit matin, l'abri de jardin d'un pavillon part en fumée. A l'intérieur, Jaan Stepulov, un SDF letton qui faisait le malheur des propriétaires de la maison. Violent, alcoolique, il squattait les lieux et terrorisait le couple Barlow. Poussés à bout, ont-ils allumé cet incendie mortel pour se débarrasser de leur locataire indésirable ? Ils sont en tout cas les premiers suspects de l'inspecteur Dushan Zigic et son adjointe le sergent Mel Ferreira, de la brigade des crimes de haine. Mais les autres pistes ne manquent pas. Crime raciste ? Crime familial ? Crime lié au travail des clandestins ? A charge pour Zigic et son équipe de démêler les fils dans un milieu qui pratique la loi du silence.

Bien loin des images de cartes postales d'une Angleterre bucolique et accueillante, Eva Dolan nous emmène dans le monde invisible des travailleurs clandestins exploités par les marchands de sommeil, les pourvoyeurs d'emplois peu regardants, les patrons peu scrupuleux, les contremaîtres intransigeants. Ici, les polonais, les portugais, les serbes, les chinois, les lettons et tous ceux qui viennent tenter leur chance à l'Ouest, se retrouvent prisonniers d'un système bien rôdé où tout le monde trouve son compte sauf eux bien sûr, précaires, mal payés, mal logés, assignés aux tâches les plus rudes, quand ils ne sont pas simplement réduits en esclavage, brimés, frappés, enfermés, pas rémunérés. Tous se taisent, par peur des représailles, par peur d'être renvoyés au pays, parce qu'ils n'ont aucun droit, aucune existence légale.
Issus eux-mêmes de l'immigration, lui est d'origine serbe, elle est portugaise, Zigic et Ferreira sont bien placés pour comprendre les difficultés, les peurs et les espoirs déçus de cette population clandestine. Ce n'est donc sans doute pas par hasard qu'ils se retrouvent à la brigade des crimes de haine, soucieux qu'ils sont de rétablir les droits de ceux qui souffrent de l'exil, de l'exclusion, du racisme et des préjugés.
Avec ces deux enquêteurs bien croqués, Zigic le pondéré et Ferreira l'impétueuse et sa volonté marquée de nous montrer en face la triste réalité d'une Grande-Bretagne touchée par la crise mais qui garde toujours son pouvoir d'attraction pour les migrants, Les chemins de la haine est un polar social très réussi qui énonce quelques vérités bien senties sur nos sociétés favorisées et la façon dont nous fermons les yeux sur ce qui nous dérange...Un livre qui fait réfléchir.

Un intérêt particulier pour les morts
23 juin 2020

C'est totalement désargentée mais pleine de bonne volonté que Lizzie Martin arrive à Londres en cette année 1864. A 29 ans, célibataire et pauvre, elle n'a eu d'autre choix que d'accepter une place de dame de compagnie chez Mrs Parry, la veuve de son parrain; son père, médecin dans une ville minière du Derbyshire, ne lui ayant rien laissé à sa mort.
La capitale anglaise est en pleine effervescence. Des taudis ont été rasés pour laisser place à l'immense chantier de la nouvelle gare de Saint-Pancrace. Et pour Lizzie, le choc est rude. Alors qu'elle se rend chez sa bienfaitrice, son fiacre croise la route du cadavre d'une femme qui vient d'âtre retrouvée dans les décombres. Quand il s'avère que la morte n'est autre que la fille qu'elle est venue remplacée auprès de sa tante Parry, Lizzie ne peut s'empêcher de s'intéresser à l'affaire. Comment est-il possible que Maddie Hexham, qui d'après tout le monde s'était enfuie avec un homme pour l'épouser, soit retrouvée assassinée dans un quartier mal famé ? Encouragée par l'inspecteur Ben Ross de Scotland Yard, Lizzie mène son enquête au sein de la maisonnée.

Un polar historique délicieux qui met en scène pour la première fois la jeune Lizzie Martin, fraîchement débarquée de son Derbyshire natal et Ben Ross de la police de Londres. Ces deux-là ne sont pas des inconnus puisqu'ils sont originaires de la même ville et que le père de Lizzie a financé les études de Ben pour le sortir de l'enfer de la mine. Forts de ce lien ancien, ils vont unir leurs forces pour démasquer l'assassin de Maddie.
Si cette première enquête est une réussite c'est d'abord grâce à la personnalité de Lizzie Martin. Elle n'a peut-être pas toutes les qualités que l'on pourrait espérer trouver chez une dame de compagnie mais elle est spontanée, futée, vive d'esprit et féministe avant l'heure. N'a-t-elle pas lu le si décrié Darwin et sa théorie des espèces quand une dame digne de ce nom ce tiendrait éloignée d'une telle hérésie ?
L'époque victorienne est l'autre atout du roman. Ann Granger retranscrit à merveille cette période de l'histoire anglaise dans les descriptions de la ville et des mœurs de la bonne société. On s'y croirait !
Une belle découverte qu'on prolongerait volontiers avec la suite des aventures de cette paire d'enquêteurs très sympathiques.